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Un conservateur, c'est un gars, si tu le reçois chez toi un jeudi et que tu lui sers de la choucroute à midi, il faudra qu'à chaque fois qu'il vienne manger et à l'unique condition que la réitération ait lieu la veille d'un vendredi, tu lui remettes le même plat.
Le dimanche, par exemple, c'est poule au pot. Pas de Mc Do avec les gosses, pas de paëlla-party, ni jamais de cailles en chemise[qu'il ne faut pas confondre avec la porteuse de burqa…].
C'est à dire que la poule au pot du dimanche, si tu n'y as pas goûté, tu n'es qu'un mécréant, voire un gauchiste. Tu es à table, ta paume touche le bois superbe de nervures lorsque se pose le morceau de poulet ripoliné de cette sauce au fumet incomparable. Sans remuer, à peine l'esquisse d'un souffle amène à ta narine l'agitation désordonnée des particules odorantes issues de la cuisson. Il y a du sel, du thym, le piquant des navets le dispute au sucré des carottes, tandis que par dessus s'étend paisiblement, l'océan doucâtre du riz cuit à point.
C'est l'immensité de se plaisir du dimanche que le conservateur recherche à tout prix. Retrouver le bonheur ressenti, répéter l'expérience puisqu'elle fut heureuse. Tenter par tous les moyens de revenir à ce qui a déjà plu.
Nous savons pourtant que le plaisir d'un premier baiser vient essentiellement du fait qu'il est le premier. Les suivants n'en seront jamais qu'une sorte de répétition, voire une stratégie rassurante mise au point par les deux partenaires. Ce qui ne les empêche ne rien de se surprendre de temps en temps et de frissonner des petites nouveautés, tandis que le conservateur se dit encore que c'était mieux la dernière fois.
La nostalgie, ça pue toujours un peu de la gueule*. C'est comme un vieux bout de viande que tu te décoincerais d'entre deux de tes dents en espérant y retrouver le goût envahissant du plat servi au diner. C'est une manière de regretter que le temps lui-même ne fasse jamais de sur-place, que les choses changent et que les générations, les unes après les autres, aménagent l'humanité à la manière qui leur conviennent. Chaque progrès est une perte, chaque pas un éloignement et chaque libération prend l'amplitude d'une déchirure…
* Citation de Daniel Mermet.
Un conservateur, c'est un gars, si tu le reçois chez toi un jeudi et que tu lui sers de la choucroute à midi, il faudra qu'à chaque fois qu'il vienne manger et à l'unique condition que la réitération ait lieu la veille d'un vendredi, tu lui remettes le même plat.
Le dimanche, par exemple, c'est poule au pot. Pas de Mc Do avec les gosses, pas de paëlla-party, ni jamais de cailles en chemise
C'est à dire que la poule au pot du dimanche, si tu n'y as pas goûté, tu n'es qu'un mécréant, voire un gauchiste. Tu es à table, ta paume touche le bois superbe de nervures lorsque se pose le morceau de poulet ripoliné de cette sauce au fumet incomparable. Sans remuer, à peine l'esquisse d'un souffle amène à ta narine l'agitation désordonnée des particules odorantes issues de la cuisson. Il y a du sel, du thym, le piquant des navets le dispute au sucré des carottes, tandis que par dessus s'étend paisiblement, l'océan doucâtre du riz cuit à point.
C'est l'immensité de se plaisir du dimanche que le conservateur recherche à tout prix. Retrouver le bonheur ressenti, répéter l'expérience puisqu'elle fut heureuse. Tenter par tous les moyens de revenir à ce qui a déjà plu.
Nous savons pourtant que le plaisir d'un premier baiser vient essentiellement du fait qu'il est le premier. Les suivants n'en seront jamais qu'une sorte de répétition, voire une stratégie rassurante mise au point par les deux partenaires. Ce qui ne les empêche ne rien de se surprendre de temps en temps et de frissonner des petites nouveautés, tandis que le conservateur se dit encore que c'était mieux la dernière fois.
La nostalgie, ça pue toujours un peu de la gueule*. C'est comme un vieux bout de viande que tu te décoincerais d'entre deux de tes dents en espérant y retrouver le goût envahissant du plat servi au diner. C'est une manière de regretter que le temps lui-même ne fasse jamais de sur-place, que les choses changent et que les générations, les unes après les autres, aménagent l'humanité à la manière qui leur conviennent. Chaque progrès est une perte, chaque pas un éloignement et chaque libération prend l'amplitude d'une déchirure…
* Citation de Daniel Mermet.