mardi 15 mars 2022

Le chômage [aux armes, citoyens !]


 

Nous vivons dans ce que nous appelons une démocratie républicaine. Ça veut dire que régulièrement, tu choisis des gens pour te représenter et défendre tes droits au sein des Institutions qui sont les piliers de cette République.

Nous vivons dans un État de Droit. Ce qui signifie que nous avons écrit des textes qui définissent la manière dont les différentes institutions doivent fonctionner, ce qui est permis ou pas, ce genre de chose. Si on était au football, tu y trouverais la règle du hors-jeu par exemple et la liste des cas où l'arbitre est autorisé à infliger un carton à l'un des participants.

Parmi ces textes qui encadrent notre droit, il y a la déclaration universelle des droits de l'Homme et du citoyen. L'un de ces droits est le «droit au travail». Il a été proclamé dans la Constitution de 1958 ("Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi") et à l'article 23 de la Déclaration des Nations unies de 1948 :

«Toute personne a droit au travail,
au libre choix de son travail,

à des conditions équitables et satisfaisantes de travail
et à la protection contre le chômage»

Ainsi, les textes piliers de notre République imposent à nos élus de nous fournir un travail, que ce travail doit être de bonnes conditions et bien rémunéré. À défaut de nous refiler un boulot, il fait intégralement partie des droits de l'homme et du citoyen que de toucher le chômage.

Loin d'être un système d'assurance dans lequel tu cotises quand tu peux, pour récupérer tes billes plus tard, le chômage est un dû. La rémunération juste du chômage fait partie des droits de l'Homme. Le reste, c'est de la comptabilité.

Dès lors, si un homme ou une femme politique critique les sans emploi, il convient de lui rappeler que c'est son travail d'élu que de créer de l'emploi pour tous. Et que le travail de qualité doit être équitablement réparti et rémunéré. Il convient de souligner surtout que c'est exactement sa fonction d'élu que de défendre les citoyens et non pas de leur taper dessus.

Seulement, nous avons développé une société industrielle qui n'a plus besoin de tous les bras disponibles. Même si nos élus font encore semblant d'y croire, nous sommes sortis de la société du travail. Ici ou là, partout où tu regardes, il y a une machine qui remplace à elle seule, un certain nombre d'emplois humains.

Le plus gros problème est que ces machines qui produisent de la richesse ne cotisent pas pour le chômage des humains inemployés.

Il ne reviendra pas le temps où tout le monde est occupé à plein temps. Nous pouvons le regretter mais ce serait oublier que la Terre n'en peut plus de notre croissance à l'infini.

Pour chaque offre d'emploi, il y a 14 chômeurs disponibles. ce sont les statistiques officielles du gouvernement. Tout autre discours que celui-là est du bruit avec la bouche. Il n'y a pas plus de fainéants chez les sans-emplois que chez les salariés. Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir, ni de traverser la rue pour se faire embaucher.

Tu peux être un demandeur d'emploi hyper-actif qui multiplie les candidatures et rester sur le carreau. Ça n'est pas de ta faute. Il n'y a rien chez toi d'anormal. Tu vis juste à cette époque étrange où l'on te punit de ne pas trouver le travail qui n'existe plus.

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Nota benêt : si tu es avocat et que tu aimes les combats fondamentaux, on peut lancer une action de groupe sur la manière dont les gouvernements traitent les chômeurs depuis 30 ans !

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Source image *

mercredi 17 novembre 2021

La recherche [Frodon !]


Ron Mueck autoportrait de l'artiste,
"Mask II", 2001. Matériaux divers. Anthony d’Offay, Londres.
(RON MUECK / PHOTO COURTESY ANTHONY D’OFFAY, LONDRES)



Je crois que je vais devenir comme une pierre et me laisser couler. Vivre froid comme un caillou et accepter de glisser. Descendre, lâcher prise, abandonner le combat et me reclure. Je crois que j'ai épuisé le stock d'espoir, vous voyez ? J'ai cessé de croire à cette fiction qui consiste à rechercher un travail qui n'existe pas et à prétendre que ce serait là «vivre sa vie».


 
Je me sens vraiment usé de tout, ne sachant si cette humeur, entre gris clair et gris foncé, est le résultat de la météo de cette saison moche, qui devrait être interdite, ou simplement à une fatigue générale de l'existence.

 C'est que je me bats en vrai, il ne faut pas croire.
 
Un combat sans victoire, c'est cela qui fatigue.

Je veux bien rester debout à recevoir des coups mais il faudrait penser de temps en temps à m'envoyer de la douceur. Un peu de soutien, des encouragements, une sorte de félicitation d'être un bon chômeur qui respecte les règles. Comme une serviette tiédie où reposer mon visage endolori.



- T'es un bon chien-chien Isidore, il a bien cherché le travail ! Où qu'il est le travail ? Où qu'il est ? Allez cherche, cherche.
À la limite, hormis cette fâcheuse habitude de bêtifier dès qu'on parle à nos amis les chiens, je pense qu'on leur adresse plus gentiment la parole qu'aux chômeurs.



Je suis fatigué d'écrire à des gens qui ne répondent pas.



C'est que je suis devenu pire qu'un poids pour la communauté. Déjà lorsque je travaillais, les patrons se plaignaient du montant exorbitant des salaires. C'est d'être devenus constamment des coûts dans le tableau Excel® du capitalisme qui devrait nous inquiéter. Quoi que nous fassions, nous sommes des excédents. Ça n'aide pas beaucoup à créer une société soucieuse du bien-être des citoyens.


Il va maintenant falloir justifier que je cherche un emploi. En occultant la réalité du «marché du travail» où on compte, selon les statistiques produites par le gouvernement lui-même, un emploi disponible pour treize personnes qui en cherchent. Nous allons devoir justifier de chômer, comme si d'avoir assez de temps disponible pour regarder Slam sur France 3 n'était pas une humiliation suffisante !



Ça n'est pas de contrôler la recherche d'emploi qui est choquante, c'est que la seule action contre le chômage, ce soit une nouvelle fois de punir les privés d'emploi. Cette réforme va faire passer les chômeurs du statut de victime à celui de présumé tricheur.

Cette politique consiste avant tout à mettre dans la lumière des phares, un nouveau bouc émissaire à détester.

 Un peu comme si on décidait de contrôler les SDF pour vérifier qu'ils recherchent bien un toit.

Quels nouveaux moyens vont être accordés à Pôle Emploi pour remplir sa mission ? Je veux dire celle qui consiste à aider la rencontre entre un emploi disponible et un chômeur et pas celle qui va mobiliser tous les moyens disponibles du ministère du travail pour trouver l'aiguille fainéante dans la meule de foin des courageux·ses ?



Pendant qu'on s'en prend aux migrants, pendant qu'on critique acerbement les chômeurs, pendant qu'on cherche les éventuels fraudeurs du système social (pilier de notre République), le président, sa femme, les ministres et tous leurs amis dînent dans les Palais dorés du pays. Ils ne sont pas présumés fraudeurs…


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Nota Benêt :
En 2016, 256 grandes entreprises
de plus de 5.000 salariés se sont partagé
un peu plus de 5 milliards d’euros de CICE
sans contrôle ni justification.

samedi 30 mai 2020

La bougeotte [c'est le nom d'une maladie ?]



























Peut-être que la plus belle des vies serait de renoncer à l'illusion du mouvement.
Comme si le but de l'existence pouvait être d'aller quelque part.
Comme s'il s'agissait avant tout de se déplacer à la découverte du vaste monde.
Comme si on nous attendait quelque part.
Mais personne ne nous attend, nulle part.

Peut-être faudrait-il abolir le désir de la bougette, cette manière frénétique de se mouvoir en tout lieu que nous avons en tant que groupe humain.

Effacer de nos tablettes, le terme de «voyage» et la forme verbale «se déplacer».
Pourquoi faudrait-il courir le monde alors que l'on peut rester ici, à contempler le ciel changeant ?

Peut-être vivre serait de se domicilier dans cette même rue où nous naquîmes.

Ne pas s'éloigner de plus de quelques pas de la source première.
Peut-être que vivre serait de déclarer forfait dès le départ.
D'en rester à ses racines et de n'en jamais démordre.
Une sorte de «je suis puisque j'y reste», n'en déplaise à Pascal.

Ils sont nombreux les exemples de personnes qui auraient pu mourir dans leur lit, dans le confort douillet de leur domicile personnel, plutôt qu'à l'autre bout de la planète et dans d'horribles conditions.
Ne pas aller plus loin que le bout de son nez, ça aurait évité bien des déboires à Pinocchio ou à Jeanne d'Arc.
 
Et puis qu'est-ce que ça nous a rapporté d'autant voyager plutôt que de rester chez nous ? La colonisation, l'esclavage, l'extermination de quelques peuplades, la liberté totale des circuits financiers et la mondialisation.

Alors, s'il vous plait, arrêtons de bouger tout le temps. Restons chez vous et consommons local.


Photo : Ako, guerrier comanche, par James Mooney, 1892*


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Question bêta : comment ça s'appelaient, les Amériques,
avant l'arrivée des Européens ?

lundi 18 mai 2020

Les arbres [Y'a quelqu'un ?]


On est à cette époque où plus personne ne parle aux arbres. La plupart du temps, nous nous comportons chacun comme s’ils n’étaient pas là. Eux qui ont connu nos grands-mères bébé, enfant, adulte puis sous les traits d'une vieille dame, se retrouvent aujourd’hui totalement ignorés. Nous débarquons chez eux, dans leur habitat et nous ne leur adressons même pas un «bonjour».

Il arrive que nous allions à la campagne, nous dégourdir les jambes, nous aérer les poumons, où pique-niquer, ou que sais-je encore, et que nous y passions toute une après midi, sans même que nous leur adressions un signe. Un vague regard peut-être, comme un détail dans un panoramique, en tant que partie d’un paysage, comme si le majestueux chêne planté là était équivalent à l’un ou l’autre des multiples cailloux qui constituent cette montagne.

Tu noteras qu’ils ne nous en tiennent pas ombrage.

Nous avons bien de temps en temps, ici ou là, un ou deux morts à déplorer. Un cycliste imprudent qui roulait sous l’orage fut tué par les branches d’un platane. On accusa l'orage. La maison d’une famille de quatre enfants se retrouva détruite par la chute d’un hêtre centenaire. Le coupable était le vent. Nous avons à présent si peu de considération pour cesgéants, que même leurs vengeances passent inaperçues.

Aucun humain n’irait imaginer qu’il s’agit là d’actes malveillants décidés par des êtres végétaux. Qu'ils le fassent sciemment, en plus.

Nous sommes le sommet de l’évolution animale et, sauf erreur de ma part, l’arbre est l’aboutissement d’une très longue adaptation du règne végétal aux conditions de vie sur Terre. Les arbres sont en quelque sorte nos égaux chez les végétaux. Les boss ultimes. Il est temps que nous les considérions comme propriétaires avec nous de cette planète.
Article 1 : sont interdites toutes les tronçonneuses et autres machines à découper des troncs. S'il faut vraiment qu'un arbre soit abattu, qu'il le soit de la main de l'homme et de sa sueur. Tellement d'années s'écoulent avant de devenir majestueux, c'est injuste qu'il faille moins d'une minute pour tout bazarder.
Nous devrions ériger la stèle de l’arbre inconnu au nom des armées de troncs que nous avons vaincues. Nous devrions débaptiser nos rues du nom de ces fabriquant de désert, Napoléon ses généraux, De Gaulle son cortège d'ombres, pour nous redonner des Allées des Tilleuls, des Boulevards des Acacias et des Avenues des Marronniers.

Photo : «Le poster mural trompe l’ oeil vous fait rêver» Archmagazine*

Nota benêt : La déforestation représente entre 12% et 15%* des émissions mondiales de gaz à effet de serre ? Presqu’à égalité avec le transport…