jeudi 15 août 2019

J'ai rêvé tout cela [musique de Tom pour Polyglotte

Dans mon jeune temps, j'avais écrit ce poème en alexandrins. Plus tard, alors que j'avais recopié ce poème sur l'un de mes blogs, Tom du groupe Polyglotte m'a contacté pour demander la permission d'en faire une chanson et j'ai bien entendu donné mon accord. Comme ce petit air sympathique ne se trouve plus nulle part en ligne, je me permets de le rediffuser. Vous le trouverez également sur l'album «Blah blah blah» de Polyglotte. 
 
[J'ignore à cette heure si le groupe existe toujours. Comme il faut payer à la Sacem pour recevoir des droits, je n'ai jamais rien touché !]

 

J’ai rêvé tout cela qui n’a jamais eu lieu
Rêvé la promenade et tes élans vers moi
Tes sourires têtus et ta main dans l’émoi
Je l’avoue, j’ai rêvé ton regard et tes yeux
Et leurs feux allumés qui brûleront des mois

Je me suis pris moi-même en mes propres filets
Perdu, noyé, menti en mon imaginaire
Inventé la chanson et son rythme binaire
J’ai chantonné tout seul les paroles, nie-les,
D’un amour entre nous qui n’était que mon air

J’ai rêvé tout cela, voila, je te rassure
Nous savons tous les deux qu’il ne s’est rien passé
Qu’au milieu du réel, il serait déplacé
D’inventer un amour sans début ni cassure
J’ai rêvé tout cela qu’il faudra effacer

Je me suis mis moi-même à croire en mes images
Quelle folie m’a pris et quels tourments me prennent
Je me souviens de nous qu’il faut que je réfrène
J’ai rêvé selon toi et l’ange et le plumage
J’ai donc vécu sans toi cet amour schizophrène

Efface-le, nie-le, j’ai rêvé tout cela
Qui n’a jamais eu lieu et ne viendra jamais
J’ai rêvé pour moi seul que de t’avoir aimée
A quoi bon revenir dedans ces traces-là
Où tu posas la main dessus mon cœur à plat

J’ai rêvé tout cela rassure-toi, n’aie crainte
J’effacerais moi-même en mon cœur tes empreintes…




 

jeudi 21 mars 2019

Victoire en maillot jaune [Il les tape !]




Je peux déjà te l'annoncer : les gilets jaunes ont gagné.

Quoiqu'il arrive maintenant, Emmanuel Macron en a terminé de son quinquennat ; il est séché pour les quinze prochaines années. La question sociale est revenue au centre des débats et le point de bascule a été dépassé. Tout le projet «Premiers de Cordée» que le président nous avait tartiné à longueur de discours git là, cul par dessus tête. Dehors les start-up, les petits costards et le bling-bling de la technologie nouvelle. On a sous les yeux, le premier président qui s'est fait disrupter par son peuple. Le mec est plus sec qu'un tas de pierres, il va finir en poussière.

Il avait vendu du renouveau et les gens l'ont pris au mot, ils ont décidé de changer la donne. Ce qui n'était au départ qu'un éclat de colère contre le prix du carburant s'est transformé en un terreau où a aussitôt germé la fraternité. Ce qui n'était plus arrivé depuis longtemps et qu'on avait oublié est revenu sur les ronds-point : on s'est remis à se parler. Les uns ont cessé de s'opposer aux autres et ils se sont écoutés. Ils ont entendu d'autres gens plus ou moins comme eux, avec plus ou moins les mêmes problèmes de fin de mois, ils se sont adoptés en tant que copains de galère.

En quatre mois à peine, Emmanuel Macron est passé du gendre idéal pour famille honorable du Touquet à ce cyborg glacial qui interdit aux pauvres* d'aller crier leur colère et d'exprimer leur exaspération. Parce qu'à force de te faire retourner la tête, tu finis par croire n'importe quoi : les gilets jaunes ne sont pas une foule haineuse antisémite homophobe et raciste.

Pour la sédition, ça se discute.

La sédition est définie par Wikipedia « comme un acte incitant par le verbe ou les écrits à une désaffection envers l'État ou l'autorité constituée ». À partir du moment où tu te mets à protester par des blocages contre l'autorité d'un président, tu es forcément séditieux. Mais depuis quand se soulever contre ce qu'on considère comme injuste est-il un crime ?

Je suis surpris qu'on n'ait pas encore présenté quelques #giletsjaunes comme pédophiles* pour finir de couler le bateau.

Il faut reconnaitre que pour un mouvement qui s'essouffle depuis 18 semaines, il tient encore bien la barre. Malgré tous les blessés, malgré tous ceux qui ont été envoyés derrière les barreaux, malgré tous ceux qui sont encore en attente de jugement, malgré plusieurs centaines d'arrestations, malgré les interdictions des préfets, malgré les yeux crevés, les mains arrachées, les pieds explosés, malgré les gaz lacrymogènes à l'agressivité accrue, malgré la peur qui noue les tripes et fait suer froid le long du dos, malgré l'oppression permanente et le harcèlement des forces de l'ordre, malgré la déception de n'être pas encore plus nombreux, les gilets jaunes sont toujours là.

Semaine après semaine*, ils défilent, ils chantent, ils bloquent, ils ouvrent les péages et surtout, semaine après semaine, ils se retrouvent. Les gilets jaunes ont cette force que n'aura jamais Emmanuel Macron et sa clique en marche : le lien humain. Ça ne se trouve pas à la bourse et ça n'est pas une variable d'ajustement. Ça ne figure pas dans les tableaux qui décortiquent le fonctionnement chiffrée de nos sociétés modernes, forcément modernes. Ça ne s'apprend pas dans les hautes écoles qui forment des Playmobils gestionnaires. Il n'y a pas d'appli pour ça.

Les gilets jaunes ne sont pas d'extrême droite mais il y en a. Les gilets jaunes ne sont pas racistes mais il y en a. Ils ne sont pas insoumis, pas communistes, pas anarchistes, pas libertaires, pas complotistes, pas manipulés, pas déconnectés, pas illuminés mais il y en a. C'est amusant cette manière de vouloir réduire tout un groupe d'individus à une seule petite case. Je me demande si ce n'est pas un peu bizarre.

Et, comme je l'ai déjà dit par ailleurs : même si ce n'est pas très gentil d'être antisémite, en quoi cela empêche-t-il de réclamer de meilleurs salaires pour tous ? Parce qu'à force de te faire retourner la tête, tu finis par croire n'importe quoi : les gilets jaunes, ce sont des gens comme toi et moi, qui réclament avant tout deux choses :

. Une meilleure répartition des richesses
. Le droit en tant que citoyen de pouvoir ouvrir un débat de société sur un sujet particulier.

Quand quelqu'un se présente à toi avec la demande de pouvoir participer plus à la vie politique du pays,
on est quand même assez loin de l'image du barbare sanguinaire détruisant toutes les vitrines sur son passage. Par contre, le tableau de la parfaite démocratie républicaine est sérieusement écorné lorsqu'un président, incapable depuis 18 semaines d'apporter une réponse* politique aux citoyens en colère, leur envoie la troupe pour les faire taire.

Interdire les manifestations, ça n'est pas maintenir l'ordre, c'est interdire les manifestations.

Je ne serai personnellement pas très fier en ce moment, si je m'étais engagé dans les forces de l'ordre pour protéger et servir la population, de me retrouver à gazer de la mamie tous les samedis pour défendre Emmanuel Macron et la finance. Frapper sur les petites gens pour sauvegarder l'oligarchie, si j'étais flic ou gendarme, je pense que ça commencerait à me chatouiller délicatement l'éthique.

Ne dites pas que j'exagère. Quel genre de pays sommes-nous pour nous faire tancer par le Conseil de l'Europe*, Amnesty International* et l'ONU* réunis ? La patrie des Droits de l'Homme ? Même Erdogan* s'en est ému, c'est pour te dire si nous nous sommes quand même bien éloignés des rives paisibles de la vie républicaine.

Les gilets jaunes ont gagné parce que la question sociale est revenue au centre de la table. Il ne peut plus être question ni de start-up nation ni de ces balivernes pour happy-few techno-crétins, adorateurs du brouzouf en grande quantité. Il ne peut plus être question de continuer à faire payer les uns pendant que les autres sont légalement exemptés. Les gilets jaunes ont démontré un sens certain de l'effort et ils réclament que cet effort soit partagé par tous. Équitablement.

Les gilets jaunes ont révélé aux yeux du monde entier, le véritable visage d'Emmanuel Macron*. Il n'est plus ce plus jeune président de France qui prône la bienveillance et le bonheur pour chacun. Les gilets jaunes ont gagné parce qu'ils ont obligé Emmanuel Macron à se démasquer. Il ne peut plus être question de douter qu'il est en mission au service des puissants. Il use du pouvoir qui lui a été incidemment confié pour renvoyer l'ascenseur à ceux-là qui permirent son ascension.

Il remercie du ruissellement.

Emmanuel Macron est le président des pires riches, ceux qui vont jusqu'à souhaiter l'élimination physique des pauvres inutiles. Au bord extrême de la lutte des classes, il y a le fascisme…


Nota Benêt : comme dit Juan Branco*, il n'y a pas
de corruption, ils sont la corruption.



Source* de l'image

vendredi 12 octobre 2018

Le rêve américain [la bannière étiolée !]



L'élection de Donald Trump, c'est la réalité du monde qui surgit par surprise dans la narration médiatique. Je ne vais pas développer ici les raisons ni la manière dont ce monsieur est parvenu à poser ses grosses fesses dans le bureau ovale. [Enfin, sur la chaise qui est derrière ledit bureau bien que le personnage soit tout à fait capable de poser son adipeux postérieur sur l'espace de travail].

Je souhaite juste souligner qu'il a été élu parce qu'il a dit tout haut ce que l'Américain moyen voulait entendre car c'est sa perception du monde : loin des places financières, le mythe américain s'est évaporé, écrasé par les sabots du réel*. Il y apparait désormais clairement pour ce qu'il était : une légende, une utopie, un conte pour grands enfants bref une forme de propagande en faveur des plus riches.

Donald Trump est le grain de sable qui a arrêté le ronron des chaînes d'infos en continu sur le self-made-man parce que tu le vaux bien. La sauvagerie libérale a dévoilé sa face hideuse ; au fin fond des États-Unis, ça se passe exactement comme à Chartres ou à Lannion : la mondialisation a fait partir les usines et par manque de moyens de la clientèle restante, les magasins locaux ferment les uns après les autres.

Pendant que l'élite compte les dollars que rapporte l'exploitation d'une main d'œuvre lointaine et bon marché (et accumule les bénéfices défiscalisés), une partie de plus en plus importante de la population se prend dans les dents la fin de la société où il fait bon vivre*. La main du marché est partie se dorer la pilule aux Bahamas et elle a emmené avec elle l'ascenseur social.

Donald Trump a donné un bon coup derrière la nuque à la théorie de la liberté du marché et de la dérégulation, à ces sornettes à propos de l'équilibre naturel des choses du commerce. Il est le premier président des États-Unis à reconnaitre officiellement que l'État doit intervenir en tant que régulateur* des opérations au service de sa population.

Et pendant ce temps-là, de ce côté-ci de l'Atlantique, l'Europe signe les uns après les autres, les traités de libre échange et de concurrence saine et non faussée. C'est qu'à Bruxelles où elle réside, elle ne doit pas en voir beaucoup des Européens moyens*. Et pendant ce temps-là, les imbéciles regroupés sous l'étiquette enmarche s'activent à réduire l'État français qui jusqu'ici nous protégeait un temps soit peu de la concurrence de chacun contre chacun.

Emmanuel Macron* agit tout à fait comme s'il n'y avait pas de revirement du monde, comme si la crise de 2008 n'avait jamais eu lieu ni comme si les Anglais n'avaient jamais décidé de revenir à l'échelle nationale du #Brexit.

On peut hurler tout ce qu'on veut à propos des populismes, nous sommes passés si brusquement du statut de troupeau de moutons à celui d'une meute de hyènes libres que la plupart d'entre nous en sommes encore tout étourdis.



Nota benêt : un populiste ne t'écoute que pour se faire élire,
il n'a aucune solution satisfaisante.

[Source image : * ]

mardi 18 septembre 2018

Service bancaire [Service bancal]




Ma banque m'a prélevé quinze euros parce qu'elle n'a pas pu honorer un prélèvement. Et puis quinze autres euros qui est le prix pour m'écrire une lettre, imprimée sur papier afin de m'apporter la nouvelle. J'espère qu'elle ne va pas aussi m'écrire pour m'apprendre qu'elle m'a adressé un courrier, ce serait une vis sans fin.

Inutile de te dire que je suis un peu déçu. Quand ils ont décidé de faire payer la propriété d'un compte en banque*, je me suis réjoui : enfin, les clients allaient disposer d'un vrai service en échange du paiement d'une cotisation, mais non !

Je paie pour avoir un compte mais la banque n'a aucun service à me proposer en échange. Elle ne me traite pas du tout comme un client. Par exemple, elle sait parfaitement que chaque mois, de janvier à décembre, mon salaire est versé le 9. Si un prélèvement se présente le 8, elle pourrait aisément le mettre de côté pour 24 heures et y revenir lorsque mon compte aura été crédité.

Ou bien, puisque je suis le client qui verse régulièrement son obole afin de bénéficier des ses services, la banque pourrait m'envoyer un e-mail d'alerte auquel il me serait loisible de répondre : t'inquiète pas mémère, mon salaire arrive le 9 comme d'habitude. Bisous.

J'imagine que dans notre ère technophile, il serait même possible de l'automatiser. C'est pas comme si les banquiers n'avaient pas d'informatique à disposition.
Au lieu de cela, la banque encaisse des deux côtés : d'abord elle me monnaye le droit de disposer d'un compte, ensuite, elle s'engraisse en facturant l'absence de service qu'elle est censée rendre.

Payer un compte auprès d'une banque qui ne fournit aucun service en contrepartie, je me demande si nous ne sommes pas un peu cons.


[Ceci est une fiction, j'ai pas de compte dans une banque]


Nota benêt : j'appelle ma banque mémère, si je veux.

Source image : *