lundi 15 juin 2026

Nicolas [Nico plus là]

Je n'ai jamais expliqué à Nicolas pourquoi j'avais pris mes distances alors que nous étions amis.

Vous le savez vous, qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire aux gens. Soit qu'ils ne les comprendraient pas soit ça irait au clash et la vie est trop courte pour la passer à s'engueuler.

Nicolas est mort, je perds un ami dont je m'étais éloigné.

Au tout début il y a eu la vague des blogs et bien qu'en tête des classements parmi les plus populaires, il y avait Nicolas qui s'intéressait aux autres blogueurs.

C'était normal qu'il soit aussi haut dans les classements. Il avait un talent extraordinaire pour écrire des choses drôles, y compris à propos de politique.

J'ai parfois dormi chez lui et je l'ai vu, au petit matin, la tête dans le cul de la cuite de la veille et la clope au bec, torcher un article en 14 minutes et écrire avec un talent incroyable.

Mais Nicolas avait plusieurs faces dont il fallait tenir compte. Ses amitiés avec l'extrême droite étaient inacceptables. Sa manière d'insulter certaines personnes, souvent des femmes ou des personnes de couleur posaient plus que problème.

Sa vision de la politique, masquée par une grosse culture et une aisance à développer un point de vue consistait essentiellement à "quoi faire pour gouverner ?". Peu importe que ledit président soit untel ou untel pourvu qu'on ait le pouvoir.

Ça nous donne un quinquennat comme celui de François Hollande à la suite duquel les trois quarts des blogueurs dit socialistes devraient s'enterrer six pieds sous terre.

Il me semble surtout que j'ai trop vu les failles de Nicolas pour rester son ami plus longtemps. Il n'acceptait jamais la contradiction et le rappel des valeurs de gauche.

Et puis surtout, surtout, assister à son alcoolisme que j'ai compris comme une forme de suicide à vitesse lente était devenu insupportable.

La dernière fois que je suis allé chez lui, les toilettes fuyaient, tout était sale, plus rien n'était rangé, j'ai compris qu'il était en train de couler et qu'il n'y avait rien à faire contre ça.

Nous sommes bien obligés de laisser les autres faire ce qu'ils veulent de leur vie. J'aurais aimé que Nicolas le comprenne mais vous le savez vous, il y a des choses qu'on ne peut pas dire aux gens. La vie est trop courte pour la gâcher à s'engueuler.

Ciao Nicolas. 

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Bisous à ses proches, bisous Franssoit, bisous aux blogueurs autrefois de gauche et bisous à ceux qui sont drôles. 

 

 

samedi 6 juin 2026

Les dentifrices [sur la planète !]


 
Par curiosité hier, au supermarché, j'ai compté les dentifrices. Je me suis arrêté à vingt-quatre parce que j'en avais marre de compter.
 
Est ce qu'on a vraiment besoin d'une société où il existe vingt-quatre variétés de pâte dentaire ?
 
C'est chouette d'avoir le choix et tout ça mais est-ce qu'on a vraiment besoin d'épuiser la planète dans le but de fabriquer autant de produits différents ? Et est-ce qu'on se lave la bouche tant que ça ?

J'ai appris récemment que dans le désert de l'Utah, ils sont en train d'installer une gigantesque usine à serveurs. Des milliers de milliers d'ordinateurs qui vont tourner 24 heures sur 24 et qu'il faudra réfrigérer en permanence dans le seul but d'exploiter nos données.

Exploiter nos données, c'est quand le grand algorithme des internets cherche à savoir si tu préfères te brosser les dents avec un goûts citron plutôt qu'un goût menthe ultra-fraîche dans le seul but de t'afficher la bonne publicité sur l'écran de ton smartphone pour que tu l'achètes.

On dit que ça n'est pas grave parce que l'Utah c'est un désert. Je suis fatigué, c'est toujours la même rengaine.

Tant qu'il n'y a qu'une prairie, une forêt ou une étendue de sable, nous humains, considérons qu'il n'y a rien. Nous ne pensons absolument jamais que les espaces naturels sont le lieu de vie d'un tas d'autres espèces bien plus utiles que nous à l'équilibre du monde.

Nous détruisons la planète pour vendre du dentifrice.

 

Nota benêt : en matière de dentifrices ou de lessives,
l
a plupart des marques qui nous sont présentées
comme "concurrentes" sont en réalité la propriété de
2 ou 3 gros industriels. C'est un faux marché concurrentiel.

 

[Source Image : Efired | iStock

mercredi 8 avril 2026

Les jeunes d'aujourd'hui [c'était mieux avant]


 

 

J'ai lu un article récemment qui était plein de dépit en décrivant la génération des jeunes du moment comme manquant totalement d'ambition, au point de se foutre de tout. L'auteur parlait d'aquoibonisme.

J'ai assez d'années au compteur pour rassurer tout le monde : chaque génération, une fois devenue adulte, se met à critiquer des plus jeunes qu'elle parce qu'ils sont nuls. C'est une sorte de tradition, d'invariant dans l'équation.

Je me souviens tellement de comment on nous traitait de petits cons quand j'étais jeune que je me refuse depuis lors à rentrer dans ce jeu. Ne pas comprendre une population parce qu'on en est extérieur, n'est jamais une autoroute vers la compréhension.

Et puis, comment en vouloir à ces jeunes d'aujourd'hui de ne pas croire à la valeur travail et à toutes ces choses de la servitude ? Quand on a pour parents des gens qui se sont, toute leur vie, défoncés au boulot, année après année, pour finir avec une retraite sous le seuil de pauvreté, comment ne pas les comprendre ?

Je les trouve plutôt intelligents. Ils font ce que nous aurions du faire avant eux. Quand je dis nous, j'inclus toutes les générations qui les ont précédés, c'est à dire faire un pas de côté et refuser d'entrer dans la course.

Et puis, j'ai vérifié, les parents de ces jeunes qu'on montre aujourd'hui du doigt pour les stigmatiser ont pour parents des personnes qui ont dansé la tecktonik. Comment voulez-vous que leurs petits les prennent au sérieux ?

Source image : Devon Michelle Photography / The GuardianThe Guardian

dimanche 8 février 2026

Chronique parlée 06 : mourir dehors

Ceci est le cinquième épisode d'un exercice d'écriture de chroniques radio.
Ce texte est conçu pour être prononcé à voix haute et interprété derrière un micro.
[Si tu es comédien·e et que tu veux t'en emparer, parlons-en !]

 

Une fois qu'on a sorti de la rue les femmes avec enfant(s) puis les femmes sans enfant, il faut tout recommencer depuis le début et les hommes sont toujours laissés dehors.

Attention, je vois déjà l'hystérie te monter aux narines, je ne dis pas que les hommes devraient être plus aidés que les femmes. Je souligne juste que c'est tellement devenu un tsunami qu'on n'a plus le temps de mettre tout le monde à l'abri.

Ils ont même inventé un mot pour ça : le « sans-abrisme »". Comme si c'était une tendance et que le populo tricolore allait se précipiter pour être à la mode.

Vous avez remarqué que quand on sauve quelqu'un de la la rue, ça n'est jamais la faute de personne ?

Quand l'État, une région ou une commune doit débourser des milliers d'euros pour éviter que quelqu'un ne meurt de froid sur un trottoir, c'est de la faute de personne.

C'est comme si l'individu en question avait volontairement choisi de vivre sans toit mais aussi sans toilette ni salle de bain. Un matin, il en a eu marre, il ou elle est parti·e vivre à la belle étoile, voici son histoire.

Alors que derrière chaque cas, on le sait, il y a le parcours d'une personne qui perd socialement pieds et qui n'arrive plus à faire face aux sommes qu'on lui réclame. Quels que puissent être les épisodes précédents, il y a toujours, et je dis bien toujours, quelqu'un qui, à un moment, décide de jeter cette personne à la rue.

C'est légalement possible et ça n'entraîne aucune conséquence.

Par exemple, le propriétaire de Jean-Louis, 53 ans, mort de froid l'autre jour dans une ville de Normandie n'est-il pas un peu responsable du décès ? En prenant l'initiative de le mettre dehors, ne porte-t-il pas une part de responsabilité dans cette mort ?

Il faut le rappeler : ça n'est pas le froid qui tue les gens qui dorment dehors. C'est l'absence d'argent qui les fait vivre dehors jusqu'à la mort.

Je suis à peu près certain qu'environ 98% des personnes sans domicile préféreraient avoir un toit et des toilettes plutôt que d'avoir froid 24 heures sur 24.

Parce que dis toi bien que si toi, tu as froid dix minutes parce que c'est l'hiver, vivre sans abri, c'est n'avoir aucune possibilité de te réchauffer, jamais.

Et ça n'est pas le manque de logements qui fait que les gens dorment dehors. C'est l'incompatibilité entre le niveau de leurs revenus et le montant que réclament les propriétaires qui les fait vivre dehors jusqu'à la mort.

Il faut le rappeler : 
ça n'est pas le froid qui tue les gens qui dorment dehors, c'est le capitalisme. Ce truc qui accorde plus d'importance aux sommes que ça rapporte plus qu'à tout autre chose, même l'humanité.

On connait des tas de personnes qui possèdent plusieurs appartements qu'ils laissent inoccupés. Peut-être qu'ils ne trouvent pas de couillons assez stupides pour leur payer le montant des loyers qu'ils réclament. Ou peut-être qu'ils ne trouvent pas de gens assez bien pour habiter dans leur magnifique propriété.

Si j'étais député, je proposerais la création de la T.H.U. Une « Taxe sur l'Habitation d'Urgence ». Elle s'appliquerait, selon un montant qu'il reste à déterminer, à chaque bien immobilier inoccupé. L'argent ainsi récolté serait affecté exclusivement à une caisse chargée de financer le relogement des plus pauvres qui vivent dans nos rues.

Tu ne veux pas payer la taxe ? [En criant:] Tu n'as qu'à louer tes biens et empocher les loyers.
C'est simple.
Si tu ne mets pas en location tes biens, c'est que cet argent ne te manque pas.
C'est simple.

Surtout cette THU a pour but de créer un lien de responsabilité : on ne nait pas SdF, on le devient. Il y a bien quelqu'un qui, à un moment, te pousse dans le dos pour que tu ailles vivre dehors.

Comme si être dehors c'était vivre… mais c'est un autre sujet.