vendredi 18 septembre 2026

La dette [sous les sous]

Vous avez tous entendu parler de la dette et des taux d'intérêts qui augmentent ce qui rend la dette plus chère. Sur cette base, certains médias expliquent que la France n'a plus d'argent dans les caisses et qu'il faut donc arrêter de dépenser notamment et, comme par hasard, cesser d'aider les plus pauvres.

Puis-je me permettre de remettre un peu d'économie dans tout ce charabia ?

Les taux d'intérêt de la France n'augmentent pas parce qu'on aide ceux qui en ont besoin pour payer leur loyer. Verser des APL — c'est toujours moins cher que de sortir des SDF de la rue — ni parce qu'on file de l'argent à ceux qui n'ont plus rien pour qu'ils se soignent et s'achètent à manger.

Les aides sociales ne sont pas des coûts. C'est de l'argent que l'État injecte dans la société pour qu'elle continue de fonctionner. Si le pauvre a de la monnaie pour son sandwich, ça profite au boulanger du coin qui vend sa marchandise.

Les taux d'intérêt augmentent parce que ceux qui ont de l'argent à prêter ne croit pas au projet politique d'Emmanuel Macron. Le taux d'intérêt est, en quelque sorte, une prime de risque. Ceux qui ont de l'argent considèrent qu'en engageant leur fortune au service de ce pays, ils n'ont pas du tout la garantie de s'y retrouver à la fin.

Oui, ceux qui ont de l'argent ne nous laissent pas disposer de leur pognon pour les beaux yeux de Brigitte mais parce que ça leur rapporte à la fin. C'est un peu le principe d'un compte rémunéré : au lieu de laisser leur fric dormir à la banque, ils en confient l'usage à la république française à la condition qu'en échange, elle leur verse des intérêts.

Si ces taux d'intérêts augmentent, c'est parce que la France n'a plus de croissance et plus aucune perspective allant dans ce sens. La start-up nation si chère à notre Mozart de la finance n'a jamais existé et la ré-industrialisation n'a jamais été rien d'autre que du bruit avec la bouche.

Si la dette nous coute de plus en plus cher c'est parce que les marchés eux-mêmes en sont venus à la conclusion que pas mal d'entre nous avaient déjà atteinte dès 2017 : Emmanuel Macron n'est pas un président sérieux.

Ajoutons à cet état de fait, la stupidité habituelle de nos dirigeants : face à une dette dont le coût augmente, ils vont réduire les budgets sociaux et créer de l'austérité. Les agents économiques du pays auront encore moins d'argent à dépenser, la consommation va s'effondrer, on aura encore moins de croissance et les taux d'intérêt vont encore augmenter.

On se croirait dans un pays qui n'a jamais rien lu de Keynes*.

jeudi 3 septembre 2026

Le numérique [ta mère !]

Maintenant qu'on a bien rigolé et que le calme revient dans les rangs, est ce qu'on peut revenir sur le fond du sujet : quand l'État se fait pirater des données* est-ce que ce sont nos données dont on parle ?

Depuis quand ça se fait de rire des victimes de cambriolage quand ce qui a été dérobé ce sont nos propres affaires ? Depuis quand ça se fait de rire des victimes ?

Je me demande si nous ne sommes pas devenus un peu cons.
(Ne répondez pas à cette question, j'ai déjà la réponse, c'est un effet rhétorique).

On est d'accord que ça génère toujours de la joie au dedans de soi de voir Macron se prendre un pavé dans la tronche mais passé ce petit moment de bonheur fugace, ne devrions-nous pas réfléchir au concept même de la protection des données numériques et de serveurs inviolables ?*

Selon une règle aussi vieille que l'humanité ou presque : là où il y a une serrure, il y a une clé et le voleur finira par la trouver.

Mais selon une règle du monde moderne : on va faire un grand coffre dans lequel conserver tous nos secrets mais des milliers de personnes pourront avoir la clé pour y entrer.

Je ne suis pas informaticien mais si la sécurité absolue est très difficile à atteindre, qu'en est-il quand des milliers d'usagers doivent en devenir les gardiens ?

Je me demande si tout le concept de données partagées n'est pas déjà l'erreur fondamentale du système.

Ce que nous essayons de protéger, pour utiliser une métaphore qui nous ramène à la réalité physique du monde, c'est une salle des coffres dont des milliers de personnes possèdent la clé d'entrée et, la plupart du temps, ont la possibilité d'aller visiter la totalité des différentes salles. Je ne suis pas informaticien mais vu d'ici, le concept est foireux dès le départ.

C'est qu'on a inventé internet comme un truc pour discuter entre potes ou entre personnes bien intentionnées. Il n'a jamais été question de construire un machin fermé à quelques uns et ouvert à d'autres. Plus le réseau s'étend et plus on ajoute une nouvelle salle dans ce réseau et plus on autorise de nouveaux utilisateurs, plus on agrandit la surface du terrain à protéger*. 

Je me demande si l'idée même de sécuriser internet n'est pas la même histoire que les Shadoks qui se sont mis à pomper parce que «telle semblait être la destinée de ces pitoyables bêtes»*

Et si nous avions tout simplement tort de vouloir passer toute la société en mode numérique ? Est ce que quelqu'un s'est déjà posé la question ? 

 

mardi 7 juillet 2026

Chronique parlée n° 7 : le CDD à vie.

 

Ceci est le septième épisode d'un exercice d'écriture de chroniques radio.
Ce texte est conçu pour être prononcé à voix haute et interprété derrière un micro.
[Si tu es comédien·e et que tu veux t'en emparer, parlons-en !]

 

Si tu regardes, le président de la République, il a un contrat en or.

D'accord c'est un CDD mais c'est un CDD où, quand tu as dépassé la date de fin de mission, tu continues de toucher le salaire. C'est un truc de fou, non ?

Les personnes qui viennent la bouche en cœur parler de la « VALEUR TRAVAIL » sont exactement les mêmes qui trouvent cette situation comme allant de soi.

Parfois j'ai l'impression que la publicité a beaucoup trop d'influence sur la politique. Édouard Philippe présente sa candidature parce qu'il le vaut bien.

Comme François Hollande.

Ces gens veulent être président non pas parce qu'ils veulent réduire la pauvreté ou loger les personnes qui vivent dans la rue avec femme et enfants, ils veulent louer l'Élysée pour cinq ans (minimum) parce que le marbre et les dorures illuminent bien leur teint.

Jordan Bardella qui s'y croit déjà est parti à l'échauffement. Comme coach, il a pris une princesse. Parce qu'il le vaut bien.

Une fois ton mandat terminé, apparemment, tu ne peux plus travailler et tu touches une grosse indemnité. C'est comme l'allocation versée aux handicapé·es bloqué·es chez eux par un problème mécanique mais tu touches chaque mois comme si tu étais des centaines de handicapé·es à toi toute seule.

En vrai, tu as le droit de bosser un peu si ça te chante, c'est cumulable.

Je dis "bosser" mais vous comprenez bien que ça n'est qu'une façon de parler. C'est pas du travail comme tirer des brouettes de ciment sous le cagnard tous les jours huit heures durant pour 12,31 euros bruts de l'heure.

Par exemple, j'ai lu, je ne sais plus où, que Nicolas Sarkozy, pour une conférence d'une soixantaine de minutes, il facture jusqu'à 300 000 euros.

C'est un peu mesquin, populiste ou les deux de ma part de le souligner mais 300 000 euros, ça fait combien de postes d'infirmières ?

Et même si tu as été un très mauvais président, tu gardes le salaire à vie.

Même si tu as été le candidat qui s'est fait élire sur la promesse de combattre ton ennemi la finance pour finir par inventer le CICE qui n'est jamais que la subvention d
u CAC40 par notre argent public ?

Dans toutes les formes possibles de la démocratie, j'ai l'impression qu'on a retenu la version la plus floue.

Nous élisons collectivement un président pour 5 ans (
en moyenne un président est élu par le choix de 19 millions de votants), nous lui confions les clefs du coffre national et le bouton de l'arme nucléaire mais il ne signe aucun contrat.

Il ne s'engage pas par écrit sur son objectif et il n'est responsable de rien.

Même s'il a fait la promesse d'augmenter les salaires des pauvres pour finalement baisser l'impôt des plus riches, en tant que peuple éclairé, tu peux juste fermer ta bouche.

Même s'il a creusé la dette alors qu'il est venu de la finance avec une bonne réputation, il n'y a aucun procès possible. Personne ne peut lui demander de comptes.

Comme disait Emmanuel Macron : «Je suis légitime et tu peux plus rien faire, nananère»


lundi 15 juin 2026

Nicolas [Nico plus là]

Je n'ai jamais expliqué à Nicolas pourquoi j'avais pris mes distances alors que nous étions amis.

Vous le savez vous, qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire aux gens. Soit qu'ils ne les comprendraient pas soit ça irait au clash et la vie est trop courte pour la passer à s'engueuler.

Nicolas est mort, je perds un ami dont je m'étais éloigné.

Au tout début il y a eu la vague des blogs et bien qu'en tête des classements parmi les plus populaires, il y avait Nicolas qui s'intéressait aux autres blogueurs.

C'était normal qu'il soit aussi haut dans les classements. Il avait un talent extraordinaire pour écrire des choses drôles, y compris à propos de politique.

J'ai parfois dormi chez lui et je l'ai vu, au petit matin, la tête dans le cul de la cuite de la veille et la clope au bec, torcher un article en 14 minutes et écrire avec un talent incroyable.

Mais Nicolas avait plusieurs faces dont il fallait tenir compte. Ses amitiés avec l'extrême droite étaient inacceptables. Sa manière d'insulter certaines personnes, souvent des femmes ou des personnes de couleur posaient plus que problème.

Sa vision de la politique, masquée par une grosse culture et une aisance à développer un point de vue consistait essentiellement à "quoi faire pour gouverner ?". Peu importe que ledit président soit untel ou untel pourvu qu'on ait le pouvoir.

Ça nous donne un quinquennat comme celui de François Hollande à la suite duquel les trois quarts des blogueurs dit socialistes devraient s'enterrer six pieds sous terre.

Il me semble surtout que j'ai trop vu les failles de Nicolas pour rester son ami plus longtemps. Il n'acceptait jamais la contradiction et le rappel des valeurs de gauche.

Et puis surtout, surtout, assister à son alcoolisme que j'ai compris comme une forme de suicide à vitesse lente était devenu insupportable.

La dernière fois que je suis allé chez lui, les toilettes fuyaient, tout était sale, plus rien n'était rangé, j'ai compris qu'il était en train de couler et qu'il n'y avait rien à faire contre ça.

Nous sommes bien obligés de laisser les autres faire ce qu'ils veulent de leur vie. J'aurais aimé que Nicolas le comprenne mais vous le savez vous, il y a des choses qu'on ne peut pas dire aux gens. La vie est trop courte pour la gâcher à s'engueuler.

Ciao Nicolas. 

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Bisous à ses proches, bisous Franssoit, bisous aux blogueurs autrefois de gauche et bisous à ceux qui sont drôles.