Ceci est le cinquième épisode d'un exercice d'écriture de chroniques radio.
Ce texte est conçu pour être prononcé à voix haute et interprété derrière un micro.
[Si tu es comédien·e et que tu veux t'en emparer, parlons-en !]
Une fois qu'on a sorti de la rue les femmes avec enfant(s) puis les femmes sans enfant, il faut tout recommencer depuis le début et les hommes sont toujours laissés dehors.
Attention, je vois déjà l'hystérie te monter aux narines, je ne dis pas que les hommes devraient être plus aidés que les femmes. Je souligne juste que c'est tellement devenu un tsunami qu'on n'a plus le temps de mettre tout le monde à l'abri.
Ils ont même inventé un mot pour ça : le « sans-abrisme »". Comme si c'était une tendance et que le populo tricolore allait se précipiter pour être à la mode.
Vous avez remarqué que quand on sauve quelqu'un de la la rue, ça n'est jamais la faute de personne ?
Quand l'État, une région ou une commune doit débourser des milliers d'euros pour éviter que quelqu'un ne meurt de froid sur un trottoir, c'est de la faute de personne.
C'est comme si l'individu en question avait volontairement choisi de vivre sans toit mais aussi sans toilette ni salle de bain. Un matin, il en a eu marre, il ou elle est parti·e vivre à la belle étoile, voici son histoire.
Alors que derrière chaque cas, on le sait, il y a le parcours d'une personne qui perd socialement pieds et qui n'arrive plus à faire face aux sommes qu'on lui réclame. Quels que puissent être les épisodes précédents, il y a toujours, et je dis bien toujours, quelqu'un qui, à un moment, décide de jeter cette personne à la rue.
C'est légalement possible et ça n'entraîne aucune conséquence.
Par exemple, le propriétaire de Jean-Louis, 53 ans, mort de froid l'autre jour dans une ville de Normandie n'est-il pas un peu responsable du décès ? En prenant l'initiative de le mettre dehors, ne porte-t-il pas une part de responsabilité dans cette mort ?
Il faut le rappeler : ça n'est pas le froid qui tue les gens qui dorment dehors. C'est l'absence d'argent qui les fait vivre dehors jusqu'à la mort.
Je suis à peu près certain qu'environ 98% des personnes sans domicile préféreraient avoir un toit et des toilettes plutôt que d'avoir froid 24 heures sur 24.
Parce que dis toi bien que si toi, tu as froid dix minutes parce que c'est l'hiver, vivre sans abri, c'est n'avoir aucune possibilité de te réchauffer, jamais.
Et ça n'est pas le manque de logements qui fait que les gens dorment dehors. C'est l'incompatibilité entre le niveau de leurs revenus et le montant que réclament les propriétaires qui les fait vivre dehors jusqu'à la mort.
Il faut le rappeler : ça n'est pas le froid qui tue les gens qui dorment dehors, c'est le capitalisme. Ce truc qui accorde plus d'importance aux sommes que ça rapporte plus qu'à tout autre chose, même l'humanité.
On connait des tas de personnes qui possèdent plusieurs appartements qu'ils laissent inoccupés. Peut-être qu'ils ne trouvent pas de couillons assez stupides pour leur payer le montant des loyers qu'ils réclament. Ou peut-être qu'ils ne trouvent pas de gens assez bien pour habiter dans leur magnifique propriété.
Si j'étais député, je proposerais la création de la T.H.U. Une « Taxe sur l'Habitation d'Urgence ». Elle s'appliquerait, selon un montant qu'il reste à déterminer, à chaque bien immobilier inoccupé. L'argent ainsi récolté serait affecté exclusivement à une caisse chargée de financer le relogement des plus pauvres qui vivent dans nos rues.
Tu ne veux pas payer la taxe ? [En criant:] Tu n'as qu'à louer tes biens et empocher les loyers.
C'est simple.
Si tu ne mets pas en location tes biens, c'est que cet argent ne te manque pas.
C'est simple.
Surtout cette THU a pour but de créer un lien de responsabilité : on ne nait pas SdF, on le devient. Il y a bien quelqu'un qui, à un moment, te pousse dans le dos pour que tu ailles vivre dehors.
Comme si être dehors c'était vivre… mais c'est un autre sujet.