mercredi 7 janvier 2026

Chronique parlée 05 : la navigation en ligne

 Ceci est le cinquième épisode d'un exercice d'écriture de chroniques radio. 
 Ce texte est conçu pour être prononcé à voix haute 
 et interprété derrière un micro.
[Si tu es comédien·e et que tu veux t'en emparer, n'hésite pas] 

 

 

 

Je suis comme beaucoup de gens, largement insatisfait du moteur de recherche que l'on connait tous et dont le nom commence par la lettre G.
On retiendra pour l'histoire d'internet, que cette entreprise nous a offert un outil essentiel qui a permis le développement rapide qu'a connu la toile.

À l'époque, on disposait déjà de plusieurs navigateurs mais on n'avait encore ni sextant, ni géographe. Comment aurions-nous pu prendre plaisir à naviguer dans un océan d'adresses HTTP si nous n'avions pas disposé, grâce à eux, d'une cartographie évolutive des lieux ?

Puis, bien plus tard [les plus attentifs d'entre vous remarquerons que je saute ici quelques épisodes palpitants, vous pourrez les trouver facilement, vous avez internet !] Larry Page et Sergueï Brin, les deux fondateurs de cette boîte qui gagnaient déjà plein d'argent, ont voulu en gagner encore plus et ils ont laissé n'importe qui détourner le travail du géographe en chef : l'algorithme.

Ils ont vendu à un tas de sites, à des milliers d'entreprises et des millions de publicitaires de réécrire les cartes de navigation à leur avantage. Ils ont acheté le droit, en quelque sorte, de modifier le tracé des cartes existantes, de changer l'emplacement des routes et des chemins de manière à les faire arriver chez Coca Cola et McDo.

Tu demandais au moteur de recherche dont le nom commence par la lettre G, des informations sur la personne qui a découvert l'Amérique et le robot textuel te proposait en retour la chanson de Joe Dassin d'un côté et la possibilité de louer un vol, un hôtel et plusieurs véhicules dans le pays des cow-boys.

Ta curiosité menait des recherches sur l'origine du mot « TOMATE » et de la plante elle-même et, pour répondre à ta requête, le moteur de recherche t'offrait un bon de réduction sur des sauces en tout genre et, dans le même temps, la possibilité d'acquérir des outils de jardinage.

Il y a un morceau de musique que j'adore, c'est « Sheep » de Pink Floyd, c'est sur l'album « Animals ». Je donne l'impression de passer du coq à l'âne, ou plutôt au mouton mais pas du tout, vous allez voir.

Le morceau «sheep» donc, disais-je avant d'être interrompu par moi-même, démarre par une ambiance bucolique à la campagne avec un troupeau de moutons dont tu entends les bêlements pendant que le clavier débarque sur la scène auditive en arrivant de loin et avec des notes d'une douceur et d'une légèreté qui me ravissent.

C'est la musique qui me réveille le matin, je vous la conseille, c'est le contraire de la brutalité. Et comme cette intro champêtre dure exactement une minute avant d'enchaîner sur une chanson beaucoup plus rock, elle est vraiment parfaite. Elle te rappelle elle-même qu'il serait peut-être temps de se bouger les miches.

J'ai chez moi, un piano qu'on m'a donné. Un piano électrique, j'habite pas un château non plus. Mais il reproduit à la perfection le vrai beau son de la corde frappée par un manteau, ce qui constitue tout le charme de cet instrument. J'ai toujours pour ambition, même si elle ne se concrétise toujours pas, d'apprendre à en jouer.

Par curiosité, j'ai donc demandé à ChatGPT, s'il y avait quelque part sur internet, une partition de ce morceau « Sheep », surtout la partie du clavier du début et adaptée pour le piano. Il m'a répondu que ça n'existait pas de manière gratuite et téléchargeable mais il m'a proposé différents sites où je pouvais trouver une transcription.

Comme je lui ai expliqué que j'étais tout à fait novice dans la pratique du piano et que ça me semblait un peu compliqué, il a proposé de m'écrire lui-même un programme, étalé sur plusieurs jours, pour me permettre d'apprendre à jouer la partie piano de « Sheep » de Pink Floyd, ce qu'il a fait.

Le cours individuel produit par ChatGPT m'explique quoi faire avec ma main gauche et quoi faire avec la droite. Surtout il établit un plan de progression afin d'arriver à la maîtrise de cette version simplifiée de la chanson.

C'est là que j'ai compris pourquoi Google a l'air complètement has been avec son moteur de recherche à l'ancienne. Vous voyez, c'est là que je retombe sur mon pieds et que je reprends la route principale.

Après ce petit échange de quelques minutes avec cette IA, j'ai la même impression de saut dans le futur que quand on est passé du web 1.0 au web 2.0, quand on est passé d'un ensemble de pages consultables mais statiques à une nouvelle version d'internet dans laquelle chacun·es d'entre nous pouvait intervenir et créer du contenu.

Je ne parle pas ici de la catastrophe écologique que l'IA va entraîner mais uniquement de l'outil ChatGPT. On passe d'un moteur de recherche qui guide ton navigateur vers sa destination finale à une navigation menée par satellite. On n'a plus besoin d'aller de port en port, on surplombe à présent l'ensemble des contenus existants et ChatGPT l'utilise pour t'en faire une synthèse personnalisée.

Au lieu de visiter quelques dizaines de pages, pendant de longues minutes, en espérant trouver ce que je cherche (la partition de « Sheep »), je suis directement informé que cela n'existe pas mais que ça peut se fabriquer très facilement.

Jusqu'ici, l'unité de mesure d'internet était la page.

Avec ChatGPT l'unité de mesure d'internet a changé. On passe maintenant à la « meta-page ». Il ne s'agit plus de parcourir un site de son début à sa fin mais d'en extraire directement l'information que nous cherchions.

Avec ChatGPT, c'est la fin d'internet, internet est mort, voici le « metanet »

Nota benêt : évidemment sur quelqu'un recopie
le contenu produit par une autre personne,
il est évident qu'il faut qu'il y ait rémunération.
Je me demande si on va en parler à un moment.
Parce que sans contenus rémunérés, pas de metanet !

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