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jeudi 3 septembre 2026

Le numérique [ta mère !]

Maintenant qu'on a bien rigolé et que le calme revient dans les rangs, est ce qu'on peut revenir sur le fond du sujet : quand l'État se fait pirater des données* est-ce que ce sont nos données dont on parle ?

Depuis quand ça se fait de rire des victimes de cambriolage quand ce qui a été dérobé ce sont nos propres affaires ? Depuis quand ça se fait de rire des victimes ?

Je me demande si nous ne sommes pas devenus un peu cons.
(Ne répondez pas à cette question, j'ai déjà la réponse, c'est un effet rhétorique).

On est d'accord que ça génère toujours de la joie au dedans de soi de voir Macron se prendre un pavé dans la tronche mais passé ce petit moment de bonheur fugace, ne devrions-nous pas réfléchir au concept même de la protection des données numériques et de serveurs inviolables ?*

Selon une règle aussi vieille que l'humanité ou presque : là où il y a une serrure, il y a une clé et le voleur finira par la trouver.

Mais selon une règle du monde moderne : on va faire un grand coffre dans lequel conserver tous nos secrets mais des milliers de personnes pourront avoir la clé pour y entrer.

Je ne suis pas informaticien mais si la sécurité absolue est très difficile à atteindre, qu'en est-il quand des milliers d'usagers doivent en devenir les gardiens ?

Je me demande si tout le concept de données partagées n'est pas déjà l'erreur fondamentale du système.

Ce que nous essayons de protéger, pour utiliser une métaphore qui nous ramène à la réalité physique du monde, c'est une salle des coffres dont des milliers de personnes possèdent la clé d'entrée et, la plupart du temps, ont la possibilité d'aller visiter la totalité des différentes salles. Je ne suis pas informaticien mais vu d'ici, le concept est foireux dès le départ.

C'est qu'on a inventé internet comme un truc pour discuter entre potes ou entre personnes bien intentionnées. Il n'a jamais été question de construire un machin fermé à quelques uns et ouvert à d'autres. Plus le réseau s'étend et plus on ajoute une nouvelle salle dans ce réseau et plus on autorise de nouveaux utilisateurs, plus on agrandit la surface du terrain à protéger*. 

Je me demande si l'idée même de sécuriser internet n'est pas la même histoire que les Shadoks qui se sont mis à pomper parce que «telle semblait être la destinée de ces pitoyables bêtes»*

Et si nous avions tout simplement tort de vouloir passer toute la société en mode numérique ? Est ce que quelqu'un s'est déjà posé la question ? 

 

mercredi 7 janvier 2026

Chronique parlée 05 : la navigation en ligne

 Ceci est le cinquième épisode d'un exercice d'écriture de chroniques radio. 
 Ce texte est conçu pour être prononcé à voix haute 
 et interprété derrière un micro.
[Si tu es comédien·e et que tu veux t'en emparer, n'hésite pas] 

 

 

 

Je suis comme beaucoup de gens, largement insatisfait du moteur de recherche que l'on connait tous et dont le nom commence par la lettre G.
On retiendra pour l'histoire d'internet, que cette entreprise nous a offert un outil essentiel qui a permis le développement rapide qu'a connu la toile.

À l'époque, on disposait déjà de plusieurs navigateurs mais on n'avait encore ni sextant, ni géographe. Comment aurions-nous pu prendre plaisir à naviguer dans un océan d'adresses HTTP si nous n'avions pas disposé, grâce à eux, d'une cartographie évolutive des lieux ?

Puis, bien plus tard [les plus attentifs d'entre vous remarquerons que je saute ici quelques épisodes palpitants, vous pourrez les trouver facilement, vous avez internet !] Larry Page et Sergueï Brin, les deux fondateurs de cette boîte qui gagnaient déjà plein d'argent, ont voulu en gagner encore plus et ils ont laissé n'importe qui détourner le travail du géographe en chef : l'algorithme.

Ils ont vendu à un tas de sites, à des milliers d'entreprises et des millions de publicitaires de réécrire les cartes de navigation à leur avantage. Ils ont acheté le droit, en quelque sorte, de modifier le tracé des cartes existantes, de changer l'emplacement des routes et des chemins de manière à les faire arriver chez Coca Cola et McDo.

Tu demandais au moteur de recherche dont le nom commence par la lettre G, des informations sur la personne qui a découvert l'Amérique et le robot textuel te proposait en retour la chanson de Joe Dassin d'un côté et la possibilité de louer un vol, un hôtel et plusieurs véhicules dans le pays des cow-boys.

Ta curiosité menait des recherches sur l'origine du mot « TOMATE » et de la plante elle-même et, pour répondre à ta requête, le moteur de recherche t'offrait un bon de réduction sur des sauces en tout genre et, dans le même temps, la possibilité d'acquérir des outils de jardinage.

Il y a un morceau de musique que j'adore, c'est « Sheep » de Pink Floyd, c'est sur l'album « Animals ». Je donne l'impression de passer du coq à l'âne, ou plutôt au mouton mais pas du tout, vous allez voir.

Le morceau «sheep» donc, disais-je avant d'être interrompu par moi-même, démarre par une ambiance bucolique à la campagne avec un troupeau de moutons dont tu entends les bêlements pendant que le clavier débarque sur la scène auditive en arrivant de loin et avec des notes d'une douceur et d'une légèreté qui me ravissent.

C'est la musique qui me réveille le matin, je vous la conseille, c'est le contraire de la brutalité. Et comme cette intro champêtre dure exactement une minute avant d'enchaîner sur une chanson beaucoup plus rock, elle est vraiment parfaite. Elle te rappelle elle-même qu'il serait peut-être temps de se bouger les miches.

J'ai chez moi, un piano qu'on m'a donné. Un piano électrique, j'habite pas un château non plus. Mais il reproduit à la perfection le vrai beau son de la corde frappée par un manteau, ce qui constitue tout le charme de cet instrument. J'ai toujours pour ambition, même si elle ne se concrétise toujours pas, d'apprendre à en jouer.

Par curiosité, j'ai donc demandé à ChatGPT, s'il y avait quelque part sur internet, une partition de ce morceau « Sheep », surtout la partie du clavier du début et adaptée pour le piano. Il m'a répondu que ça n'existait pas de manière gratuite et téléchargeable mais il m'a proposé différents sites où je pouvais trouver une transcription.

Comme je lui ai expliqué que j'étais tout à fait novice dans la pratique du piano et que ça me semblait un peu compliqué, il a proposé de m'écrire lui-même un programme, étalé sur plusieurs jours, pour me permettre d'apprendre à jouer la partie piano de « Sheep » de Pink Floyd, ce qu'il a fait.

Le cours individuel produit par ChatGPT m'explique quoi faire avec ma main gauche et quoi faire avec la droite. Surtout il établit un plan de progression afin d'arriver à la maîtrise de cette version simplifiée de la chanson.

C'est là que j'ai compris pourquoi Google a l'air complètement has been avec son moteur de recherche à l'ancienne. Vous voyez, c'est là que je retombe sur mon pieds et que je reprends la route principale.

Après ce petit échange de quelques minutes avec cette IA, j'ai la même impression de saut dans le futur que quand on est passé du web 1.0 au web 2.0, quand on est passé d'un ensemble de pages consultables mais statiques à une nouvelle version d'internet dans laquelle chacun·es d'entre nous pouvait intervenir et créer du contenu.

Je ne parle pas ici de la catastrophe écologique que l'IA va entraîner mais uniquement de l'outil ChatGPT. On passe d'un moteur de recherche qui guide ton navigateur vers sa destination finale à une navigation menée par satellite. On n'a plus besoin d'aller de port en port, on surplombe à présent l'ensemble des contenus existants et ChatGPT l'utilise pour t'en faire une synthèse personnalisée.

Au lieu de visiter quelques dizaines de pages, pendant de longues minutes, en espérant trouver ce que je cherche (la partition de « Sheep »), je suis directement informé que cela n'existe pas mais que ça peut se fabriquer très facilement.

Jusqu'ici, l'unité de mesure d'internet était la page.

Avec ChatGPT l'unité de mesure d'internet a changé. On passe maintenant à la « meta-page ». Il ne s'agit plus de parcourir un site de son début à sa fin mais d'en extraire directement l'information que nous cherchions.

Avec ChatGPT, c'est la fin d'internet, internet est mort, voici le « metanet »

Nota benêt : évidemment sur quelqu'un recopie
le contenu produit par une autre personne,
il est évident qu'il faut qu'il y ait rémunération.
Je me demande si on va en parler à un moment.
Parce que sans contenus rémunérés, pas de metanet !

vendredi 22 juillet 2022

Internet [être ou ne pas…]

mains émiettant de la terre

Personne n'a mesuré la force du brin d'herbe qui soulève sa plaque de bitume pour voir le jour. Cette info n'est pas sur les réseaux sociaux. Ni l'air des collines, ni les nuages qui se découpent en tranche dans les rayons solaires ne figurent dans le cloud.

Plonger les mains dans la terre grasse pour retrouver des pommes de terre. Les mottes, tantôt collantes, tantôt mietteuses qui consentent à la longue ; le tubercule qui se dévoile, ovoïde et encore secret des profondeurs de l'humus.

Nous sommes en train de nous faire enfermer dans le tout numérique. Internet est un lieu où tu n'es pas. Tu commandes numériquement puis tu reçois chez toi.

Tu ne vas plus te mêler aux autres clients de la pizzéria qui attendent aussi leur repas du samedi soir. Qui pressé de ne pas rater le début du match, qui impatient de retrouver sa belle, qui le baiser perpétuel à pleine bouche comme si s'arrêter de s'embrasser pouvait laisser une chance à l'amour de s'enfuir.

Tu ne vas plus magasiner derrière cette petite vieille qui déambule parmi les salades moins défraîchies qu'elle mais avec dignité. Tu te fais livrer.
Tu ne vas plus saluer les caissières.

Internet n'est pas le contraire de l'incarnation, c'est le lieu de la disparition.

Dans la grande marche du monde, des employés jouent ton rôle dans les lieux publics. Ils remplissent ton caddie, ils transportent tes sushis, ils te remplacent pour que tu restes chez toi et connecté.

Les réseaux sociaux ne sont pas de la sociabilité. Internet est un retrait du monde. Pour exister, il y a toujours une application.

[Source image *]

 

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Il manque encore un service pour que
des employés partent en vacances en notre nom.
Tu resterais chez toi et ils t'enverraient leurs souvenirs.
Que retenir du tourisme si ce ne sont les traces mémorielles ?

samedi 5 mai 2012

Mettre au cloud [ça tente !]




Le point de départ du réseau internet, c'était l'idée de la décentralisation. Au lieu d'avoir un seul lieu de stockage informatique* qui pouvait être bombardé par les méchants soviétiques, il fallait des données capables de circuler d'un point à un autre sans qu'on sache où elles se trouvent physiquement*.

C'était à la fois l'invention du peer to peer* et de la sécurité informatique idéale : en multipliant les sources en autant de points disséminés, personne n'a jamais la possibilité de connaitre l'ensemble du puzzle. Le catalogue complet de toutes les données de tous les internautes. De la taille de tes culottes*, de ton goût osé pour les mots de Bukowski* à ton numéro d'accès à tes données bancaires.

Or, votre histoire de cloud* [dans les nuages, aurait ajouté Bashung] me fait rageusement penser que nous sommes en train de nous faire avoir. Voilà que nous offrons* nous-mêmes la centralisation de nos données privées et collectives. Voilà que nous les rassemblons dans des fermes à disques durs. Nous fournissons ainsi nous-mêmes, à quiconque en chercherait le contrôle, la possibilité de frapper un grand coup…

Emprunt d'image*

samedi 6 mars 2010

Ton prochain comme toi-même [next !]


Pendant que je vous écris ces lignes, il y a un gars à poil qui me regarde dans la partie droite de mon écran. Il me voit, lui aussi. J'ai le casque sur les oreilles, l'esprit en ballade à travers la musique et parmi les mots. Il est assis et son ventre qui déborde cache en grande partie ce que sa main caresse.




J'ai d'abord cru que Chatroulette était une de ces innovations informatiques dont les développeurs oublient régulièrement qu'il y a aussi des Macs. J'attendais sagement que l'engouement du moment nous apporte une version complète et compatible. En réalité, allez savoir pourquoi, c'est juste Firefox qui délire pour le coup [alors que franchement pour tout le reste, c'est top !] tandis que Safari est tout à fait capable de faire tourner le bouzin.



Si vous avez loupé les dernières nouveautés d'internet, sachez que Chatroulette n'est pas un jeu dont le but serait de flinguer de charmants chatons au hasard et à bout portant. C'est un service en ligne qui vous met en relation sonore et visuelle avec n'importe qui sur la planète, pourvu qu'il soit connecté en même temps que vous sur le site.



Les cinq premières minutes sont assez amusante. Vous êtes emporté par l'envie de dialoguer avec quelqu'un du bout du monde, d'échanger sur le plan culturel et de découvrir la vraie vie des vrais gens. Choper ce qu'ils écoutent comme bonne musique en ce moment, ce qu'ils pensent de l'époque et comment ils s'en sortent avec la vie. Et puis, vous vous connectez et là, vous les voyez comme ils existent. C'est la plus grande étendue d'ennui connue à ce jour.




Une majorité d'homme s'affiche la queue à la main, flasque ou turgescente, de toute forme ou taille, bien visible malgré l'absence parfois regrettable d'une fonction zoom. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? C'est à croire qu'ils sont avant tout un sexe et que la chair précède leur existence. Il y a tellement de mecs occupés à se masturber en ligne que j'en viens à m'interroger sur ma normalité. Peut-être est-ce une déficience en testostérone qui me laisse ainsi assis au bureau, le pénis au repos.


Mesdemoiselles, si vous voulez voir de la bite en action, de la biroute qui moove, du zob qui zappe, allez sur chatroulette. Vous pouvez librement et sans aucune hésitation, vous titillez le bouton NEXT et ne vous arrêtez que sur la partie qui vous intéresse, le modèle qui vous convient. On ne dira jamais assez l'importance des détails d'un joli design dans la décoration intérieure. De la molle, de la dure, de la classique à poil, de la moderne à peau nue, un grand choix de variétés vous est offert. Pour le reste, c'est relativement pauvre.


Il arrive d'échanger trois phrases avec des anonymes mais c'est avant tout un immense zapping dont rien ne ressort. Des gamins à doigt d'honneur [on montre toujours ce qui nous manque le plus…], des ados boutonneuses qui pouffent [ou l'inverse], des gros à petite queue, des gras avec du poil, des rasés de frais, des crétins qui se marrent, des photos de toute sorte, des chambres vides, des endroits sans personne.



C'était amusant jusque là internet. On discutait avec des inconnues par mails. Puis MSN ouvrait d'autres conversations en plusieurs chapitres et de plus longue haleine. Quand nous venait l'envie de prendre un verre ensemble [IRL : In the Real Life], celle qui apparaissait à nos yeux était déjà porteuse de toute la grâce du langage qui l'avait précédée.



Au commencement était le verbe. On draguait à coup de formule magique, du tricot de phrases à l'envers à l'endroit, à s'en faire perdre la tête. On grattouillait le langage afin de lui faire dire au mieux notre balbutiement. On tâtonnait les métaphores, on cajolait le petit bout rimé. On riait devant son clavier comme un imbécile tandis que, sans que notre propre volonté n'y puisse rien, on inventait un sourire véritable sur à une personne faite de mots. On palpitait de l'azerty à des vitesses foudroyantes.




Chatroulette est à l'exact opposé. On ne se parle pas, on se marre et on zappe. Le physique avant tout sert de déterminant. On regarde qui est là, on jauge et on jette. C'est un véritable duel en ligne, à celui qui dégainera son next le premier. On veut juste mater, admirer, contempler et éventuellement s'exciter. Il s'agit avant tout de se moquer de tous ces crétins qui passent leur soirée connectés là…


Si j'ai pris votre image au hasard de Chatroulette,
ne dites rien, personne ne sait que c'est vous !