mardi 3 juin 2014

Le MR et ses drôles de machines




Cette campagne électorale a été l'occasion pour le Mouvement Réformateur de se présenter à Bruxelles au volant de la Twizy de Renault. Comme je m'intéresse à la fois à l'arrivée de la voiture électrique dans nos villes et à la communication, j'ai interrogé le MR quant à ce choix. Voici ses réponses.

➤ Durant cette campagne, on a pu voir, dans les rues de Bruxelles, certains candidats du MR au volant de la Twizy, le petit véhicule électrique de Renault. Etait-ce une décision du parti ou l’initiative de ces quelques candidats ? 
C’est une initiative de Didier Reynders, tête de liste MR pour la liste bruxelloise à la Chambre. Après de nombreuses recherches, nous avons pu trouver 11 véhicules. Il souhaitait apporter des changements dans la démarche de communication de sa liste. Vouloir changer Bruxelles et l’imposer comme une des principales métropoles nécessite aussi un changement d’attitude.
Un des plus gros problèmes à Bruxelles est la mobilité. Utiliser des voitures écologiques, respectueuses de l’environnement et donnant une image moderne et futuriste lui paraissait évident. Pas de pollution, petit véhicule facile à garer, aux allures sympathiques, la micro-machine s’imposait !

➤ Comment s’est fait ce choix de la voiture électrique ? Etait-ce un message politique réfléchi en faveur du véhicule électrique ou simplement pour le look «fun» qu’affiche cette «voiture» ?
Les deux facteurs sont rentrés en ligne de compte.
Le caractère écologique a sans nul doute pesé dans le choix du véhicule, mais également son caractère pratique et original, afin de maximiser la visibilité des candidats concernés.

➤ Avez-vous constaté des réactions particulières sur le terrain ? Si oui, lesquelles ?
Ces micro-machines ne courent pas les rues, ce sont donc des véhicules qui attirent l’attention, dès le premier coup d’œil. Les adultes se retournent, les enfants s’exclament, les autres conducteurs la remarquent, surtout aux abords des feux de signalisation.
La Twizy a permis de couvrir très rapidement un très large périmètre, assurant une excellente visibilité.

➤ Quel bilan pouvez-vous tirer du choix de l’électrique dans cette campagne ? Est-ce que cela a créé des problèmes particuliers ?
Excellent bilan, ce véhicule est idéal dans une capitale telle que Bruxelles. En plus d’être écologique, il permet des déplacements rapides et de par sa petite taille, les stationnements sont facilités.
Quelques pannes de batterie furent constatées mais très vite résolues.

➤ Est-ce qu’au contraire vous y avez découvert des points positifs ?
L’impact écologique du véhicule et la facilité de son rechargement, son originalité, son impact visuel et communicationnel.

➤ Sur le plan économique, diriez-vous que le choix de la Twizy a été un bon choix ? Cela a-t-il représenté, comparativement à d’autres types de véhicules, une économie ou bien un coût supplémentaire durant cette campagne ?
Nous avons pu bénéficier d’un forfait locatif mensuel presque identique à la location d’un vélo électrique durant la même période ! 

➤ Maintenant que le scrutin est passé, que deviennent en général les véhicules utilisés dans la campagne électorale par le MR ? Et en particulier, les Twizy ?
Les voitures électriques ont été louées pour une période d’un mois.
Après la campagne, elles ont tout simplement été «dé-lettrées» avant de retrouver leurs propriétaires.
Les autres véhicules traditionnels sont en général propriété des candidats ou de leurs proches. Ils retrouvent eux aussi leur véhicule après le scrutin.

Interview réalisée par mail le lundi 2 juin 2014, photo fournie par le MR que je remercie d'avoir joué le jeu.


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Nota Benêt : si tu as une Twizy à me vendre pour pas cher,
fais moi signe, je n'en peux plus de la #Stib !
 

 

mercredi 7 mai 2014

Les petits animaux [sur le marché !]






J'aimerais revenir un peu sur mon expérience avec @Bibliocratie*. Pour ceux qui ont loupé les épisodes précédents, je fais un rappel des faits [si tu es au courant tu peux passer au paragraphe suivant] : j'ai été contacté par cette maison d'édition et je leur ai proposé un recueil de nouvelles intitulé «Les Petits Animaux» dont tu vois la couverture ci-dessus.

C'était joli, non ? [dis-moi oui, j'avais fait la maquette, c'était plus rapide que de l'expliquer].

Comme je fus, dans une vie antérieure, l'heureux créateur des éditions Filaplomb, j'ai trouvé tout à fait malin leur principe de publication. En gros, les livres sont d'abord présentés en ligne aux lecteurs potentiels qui décident de pré-commander le livre… ou pas. Quand tu sais que le principal problème d'une maison d'édition, c'est le coût du stock d'ouvrages qu'il reste à vendre, c'est un excellent moyen de tester une œuvre et de commander le juste nombre d'exemplaires chez l'imprimeur. Ça évite d'immobiliser une trop grande somme d'argent et de publier d'autres auteurs.

Dans la conversation préalable par téléphone avec l'éditeur, j'avais pensé qu'il était raisonnable de tabler sur une soixantaine de lecteurs intéressés par autre chose que mes tweets*. Même si on ne sait pas bien pourquoi on nous suit sur Twitter, au moins pense-t-on, que la qualité de la prose a son importance. Il s'en est trouvé vingt-six pour réserver leur exemplaire.

C'est évidemment très décevant mais comme disait ma psy : la vie c'est ce qui arrive, pas ce qu'on espère. Et puis, j'ai retenu pour moi cette réponse de Prince dans une interview où on l'interrogeait sur le grave problème des piratages de cd : «oh, vous savez, moi je fais de la musique. Vendre des disques, c'est le problème de ma maison de disque, pas le mien». En clair, tant que ça n'empêche pas d'écrire, ça ne concerne pas l'auteur.

Par contre, ça m'a permis de vivre de l'intérieur leur processus éditorial et ça, ça m'a particulièrement amusé. La première surprise fut lors de l'envoi du manuscrit. J'ai transmis le PDF et juste après on m'a parlé de la pré-maquette. Un tout petit peu habitué aux éditeurs de plus grande notoriété pour remplir régulièrement leur boîte à lettres, je m'attendais à devoir m'armer de patience. J'imaginais mes histoires lues attentivement pour en décortiquer la mécanique stylistique, je réfléchissais à telle ou telle variante pour ce passage-ci, que j'avais repéré plus faible dans l'ensemble, mais NON !

Expédition > Impression > Edition. J'avoue que ça n'était pas ma manière de procéder aux éditions Filaplomb. Si j'acceptais un manuscrit, il y avait, bien avant de prendre rendez-vous chez l'imprimeur, tout un travail sur la «matière texte». Même s'il n'existe pas de Bible de la Sainte Edition, c'est ainsi que je conçois ce métier. Mais, admettons, chacun fait comme il veut dans son logis, pourquoi pas. Néanmoins, cela m'a manqué d'avoir un échange avec l'éditeur sur les qualités littéraires du texte.

Je n'ai pas compté le nombre de coups de fil de l'éditeur pour «faire le point» durant la période de souscription. A partir du moment où le livre est mis en ligne, ils sont très présents. Pour moi, c'était trop mais je reconnais que ce critère est totalement subjectif. Dans le fond, ça part d'une bonne intention, vouloir être présent au côté de l'auteur.

Sauf qu'au bout d'une certaine durée, le compteur d'exemplaires pré-commandés restant au ras des pâquerettes et la date fatidique approchant à grandes enjambées avec son petit air méchant et le couperet à la main, le discours servi devient de plus en plus marketing. Et là, l'argument qui m'a fait bondir définitivement c'est : «Faites commander par vos proches, votre famille, comme ça on atteint le nombre d'exemplaires».

Mais nooOoon ! [Je pousse un cri]

Si je veux faire lire mes proches, qu'ils soient de ma famille ou qu'ils soient de ceux dont j'estime l'opinion importante, je leur envoie le fichier PDF. Encore prendrais-je la peine d'en discuter avant afin de connaitre leur intérêt à cette lecture. Parce que, non, ma famille et mes amis ne sont pas un marché auquel je souhaite vendre quoi que ce soit, encore moins mes propres écrits. J'ai bien un peu de narcissisme mais je n'en suis pas encore là.

Mais, outre le fait que cet argument pollue la notion même d'amitié, un autre sens me heurte. Là où @Bibliocratie possède un bon outil pour estimer l'éventuel succès d'un livre, ils y insèrent eux-mêmes le grain de sable marketing qui va casser la machine à «laisser faire le marché». Dès lors qu'il m'a été proposé, en tant qu'auteur, de faire commander par mes proches, ma famille, afin d'atteindre le nombre d'exemplaires, chacun des livres-candidats présents en ligne devient douteux.

Celui-ci qui caracole en tête des suffrages, est-ce qu'il a beaucoup d'amis, une famille nombreuse ou réellement des lecteurs impatients ? L'argument insinue la corruption de l’honnêteté des «votes». Il entache chacune des parutions à venir de cette marque infâme du soupçon. Est-ce un succès ou bien a-t-elle réussi une belle campagne de lobbying ?

— Tu as vu, Machin publie son autobiographie ?
— Tu penses, il l'a surtout fait acheter pour la totalité de ses mouflets.

Je n'ai pas tenu compte de cette demande. Je n'ai pas alerté mes amis, encore moins ma famille, faut pas déconner. Si je les appelle, ils vont croire qu'il m'est arrivé un truc grave. J'ai testé le potentiel de ce recueil de nouvelles et «il ne trouve pas son public» comme on dit pour se flatter gentiment après un flop. Le principe de la «pseudo auto-fiction» n'accroche pas. J'ai joué honnêtement le jeu de la souscription et ça n'a pas fonctionné. Comme disait ma psy : la vie c'est ce qui arrive, pas ce qu'on espère.

Ça ne m'empêche pas d'écrire et de prévoir d'autres tentatives de publications…


Remarque : on peut aussi voir le travail et les conseils de Bibliocratie
comme une tentative jusqu'au-boutiste de sauver un livre
auquel ils croient. Après tout, tout ceci n'est que mon interprétation.
 

vendredi 2 mai 2014

Imposer Google [La dîme des cimes]





Ces jours-ci, la presse se fait écho d'un Google, grande classe qui a provisionné un milliard de dollars afin de couvrir un éventuel redressement fiscal en France.

Il faut dire que l'entreprise leader dans le moteur de recherche est, de notoriété publique, championne du monde du slalom fiscal ; cette activité consiste à organiser administrativement ses différentes succursales comme autant de coquilles vides œuvrant à enrichir la boutique irlandaise soumise à presque pas d'impôts.

Fondée en 1999 et ayant gravi à très grande vitesse les étapes d'un développement mondial jusqu'à devenir un monopole de fait pour toutes sortes d'activités en ligne et sur l'internet mobile, Google a beau jeu aujourd'hui de passer pour un parangon de vertu.

En effet, après plus de dix années de ristourne fiscale, obtenue par la ruse du droit, qui lui ont permis de devenir «too big to fail» comme on dit chez les anglo-saxons (trop gros pour disparaitre), Google a tout intérêt à verser sa part aux économies européennes et mondiales.

Maintenant que nos dirigeants ont ouvert les yeux sur le hold-up légal opéré par les multinationales d'internet, quelle meilleure solution pour Google que de s'y plier de bonne grâce ?

Il a économisé durant toute sa montée en puissance et la mise en place de cette fiscalité nouvelle, bien que prenant une partie de ses bénéfices, lui assure qu'aucune autre entreprise ne pourra plus venir le concurrencer.

C'est en quelque sorte comme si nos responsables politiques adoubait Google dans son rôle de premier de la classe. Maintenant qu'il est là, on place des barrières et des obstacles pour lui éviter que quiconque puisse atteindre le même niveau.

Google a donc tout intérêt à régulariser sa situation. Si d'un côté cela lui enlève mathématiquement des richesses, cela le renforce légalement dans la place de seul et unique leader.

J'ai piqué l'image ci-dessus, sur ce site*

dimanche 27 avril 2014

Dans la cour [c'est sorti !]





ATTENTION : si tu n'as pas vu «Dans la cour» de Pierre Salvadori avec Catherine Deneuve et Gustave Kervern, ne lis pas cet article, je vais y révéler l'intrigue. Te voilà prévenu !


Ici : tu peux voir le trailer et la bande annonce, si tu veux.


Au début du film, Gustave Kervern est visiblement chanteur de rock ou quelque chose du genre puisque la scène d'ouverture se situe dans une loge qu'il refuse de quitter parce qu'il n'arrive plus à dormir. Il plante donc là la foule qui attend impatiente dans la salle et le concert qui devait avoir lieu et s'en va.

On le retrouve plus tard dans une sorte d'agence d'intérim qui lui propose un poste de concierge qu'il va donc décrocher. Puisque le film s'appelle «dans la cour», on avait deviné ! Voici donc Antoine projeté dans ce petit univers d'un immeuble privatif avec son lot de propriétaires exigeants. Il a pour mission de s'assurer de la bonne tenue de l'ensemble ce qui inclut un peu de ménage et beaucoup de relations humaines.

Il n'est toujours pas au top de sa forme, il boit pas mal de bières, sniffe régulièrement une poudre un peu ocre qui n'est jamais nommée et continue surtout de ne pas dormir du tout. Je n'ai pas l'œil rivé sur la montre quand je suis au cinéma, je m'en excuse. Mais, au jugé, je viens de voir défiler la première demie-heure du film et je ne sais toujours à peu près rien du personnage principal.

Il était chanteur, il a visiblement mis fin à sa carrière. Il est insomniaque, il est devenu concierge et il prend de la drogue. Bon, c'est sans doute un peu triste tout ce qu'il lui arrive, dans l'absolu, mais en tant que spectateur, j'en suis toujours à me demander pourquoi on a décidé de me raconter ça. Quelle est la motivation de cette personne ? Pourquoi ne dort-il plus puisque cela semble être le problème majeur de son existence ?

Je ne sais pas.

Je regarde, j'assiste à une suite de scènes amusantes ou tristes, je constate les avancées narratives mais je ne sais toujours pas à quoi les raccrocher. Je constate que Catherine Deneuve, une des propriétaires de l'immeuble, ne va pas bien non plus, s'angoisse pour tout et pour rien. J'observe l'évolution de sa relation avec le concierge, avec son propre mari et avec le monde en général mais encore une fois, je suis assis dans une salle de cinéma et je ne comprends pas la motivation qui soutient l'ensemble.

Les acteurs sont absolument parfaits à commencer par Catherine Deneuve qui est d'une justesse époustouflante. Elle est. Ça ferme toute question. Dès son apparition, elle t'embarque à la suite de Mathilde comme si elle avait réellement été cette personne depuis des dizaines d'années. Gustave Kervern est prodigieux dans son économie de jeu, sublime dans sa frugalité d'expression qui servent idéalement le personnage. Il incarne avec la concision adéquate ce gars un peu ours, aussi pataud que plantigrade.

Je n'ai pas assez de connaissances en la matière pour jauger de la réalisation mais, si ça n'a pas l'air d'être filmé et dirigé par un manchot, il y a un sérieux problème avec le scénario, voire un nombre d'incohérences que je ne peux m'empêcher de relever et qui empêche mon empathie pour les personnages. Citons quelques exemples :

L'un des propriétaires demande au gardien de bien vouloir régler le problème des vélos qui s'entassent dans la cour. Le concierge est bien entendu incapable de solutionner quoique ce soit et aucune action n'est réellement entreprise pour faire disparaitre cet amoncellement de bicyclettes. Pour autant, le même propriétaire, malgré cet ennui auquel s'ajoute une histoire de chien qui aboie et perturbe ses nuits, conserve exactement les mêmes relations cordiales avec le cerbère de l'immeuble. Il ne se fâche pas, ne râle jamais contre l'échec de sa demande, il continue simplement la même relation uniforme. 

Et il va même, plus tard, jusqu'à lui confier la garde de la précieuse maquette de son projet d'urbanisme qu'un coursier doit passer prendre quelques jours plus tard. Pardon mais à ce point de l'histoire et face au constat de l'incompétence notoire de son gardien d'immeuble, il est tout à fait inconcevable qu'il lui confie quoique ce soit. De mon point de vue, il devrait être pour le moins un tout petit peu en colère de ne voir aucune de ses demandes satisfaites. Non ?

Et puis, pendant que j'y suis, à quel moment le scénariste m'a-t-il informé que ce propriétaire exerçait en tant qu'architecte ? Soudain, il débarque à la porte de la loge avec sa maquette en carton et, soit ça tombe comme un cheveux sur la soupe, soit tu es un spectateur un tout petit peu futé et tu comprends tout de suite que ce projet immobilier n'a pas pour destin de rester entier et intact. Ce qui, du coup, est scénaristiquement un peu tiré par les cheveux sur la soupe.

Et puis, pardon, mais s'il est finalement architecte ce voisin, pourquoi n'est-ce pas lui que vient consulter Catherine Deneuve quand elle est si préoccupée par la fissure du mur de son appartement ? Le premier réflexe de n'importe quelle personne dans un immeuble n'est-il pas d'abord de solliciter son entourage proche ? Si tu connais Pierre Salvadori, tu peux lui poser la question, s'il te plait, ça m'intéresserait d'en discuter avec lui.

Et puis, encore, je ne peux m'empêcher de constater durant le film que soudain, Antoine, le personnage de Gustave Kervern, se remet à dormir. Et pourquoi ? Le scénariste avait choisi jusque là, de faire de cette insomnie, la seule motivation du personnage et voilà que, comme ça, sans prévenir, sans le souligner, cet élément disparait. Je ne saurais donc jamais pourquoi il était devenu insomniaque ni pourquoi il a regagné le sommeil. Je reste avec ma frustration, comme un con de spectateur oublié dans la salle.

Pas plus que je ne saurais qui est cette femme qui débarque vers la fin du film et qui reconnait Antoine, occupé à sortir les poubelles. J'ai bien conservé en mémoire qu'il était au début dans le spectacle et je vais supposer que ce personnage féminin se rattache à cet univers mais c'est moi qui invente. Le scénariste a du oublier de me raconter ça et personne n'a osé le lui faire remarquer.

Pierre Salvadori qui a écrit ça donc, David Colombo-Léotard le co-scénariste et même le «consultant au scénario» (qui figure au générique de fin mais dont je n'ai pas noté le nom !) n'ont pas jugé utile de penser à mon petit cerveau de spectateur. Eh ! Je suis venu au cinéma pour qu'on me raconte une histoire ! Or, même si c'est bien filmé, même si c'est merveilleusement interprété (bisous à Catherine Deneuve !), «Dans la cour» est une suite de scènes bien écrites et mises en scène mais auxquelles il manque un récit cohérent !



[ATTENTION : je raconte la fin du film juste après cet avertissement]



Et puis, la chute finale : le concierge qui meurt d'une overdose dans sa douche, là, je dis non ! Tout le parcours du personnage, du moins ce que j'ai pu en deviner, m'indique qu'il va vers du mieux. Il a retrouvé le sommeil et cette femme supposément de sa vie d'avant, il lui a avoué sa honte d'avoir disparu (mais toujours pas expliqué pourquoi, ce qui rend donc cette scène inutile !),  il n'a aucune raison logique de passer du snif à la seringue. Aucune.

Ça ressemble juste à une fin posée là parce qu'il en faut bien une mais elle ne concorde ni avec le récit ni avec les ressorts du personnage d'Antoine. Bref, je me demande si c'était bien la peine de se mettre à trois pour bâcler un tel scénario. Il y a de bonne idées, de bons dialogues, il y a de jolies scènes réussies et d'autres qui, sans être ratées, ne sont simplement pas exploitées comme il le faudrait (la réunion des propriétaires dans la cour dont les quarante acteurs réunis là ne servent à rien parce que leur rôle n'est simplement pas écrit ! Ils ne font rien, ne disent rien !).

Grâce aux acteurs, j'ai tout de même passé un bon moment (bisous à Gustave Kervern), j'ai été touché et ému mais aussi occupé une bonne partie de la séance à compter les pistes inexploitées de la narration. Le récit est raté, mal structuré, brouillon et inabouti. Les personnages, sauvés par le jeu des acteurs, ne sont aucunement définis et restent flous.

Comme depuis des dizaines d'années dans le cinéma français, on nous vend un film sur l'affiche et le «name droping». On oublie de travailler en amont sur l'ossature du scénario. Mais quel dommage, le thème de «Dans la cour» méritait mieux que cet inachevé !

Je ne voudrais pas décourager les vocations de cinéastes mais je vais quand même rappeler que pour faire un bon film, il faut réunir, au minimum, trois ingrédients : un bon scénario, de bons acteurs et un réalisateur pour capter tout ça. Or, il manque ici, pour le moins, un des trois ingrédients pour que la sauce prenne.


Nota benêt : les trois quart des critiques
lues après cette projection, semblent ne pas avoir
les outils pour juger un film et l'ont donc trouvé plutôt bon.
Ceci explique peut-être cela quant à l'état du cinéma français…