Je pense que nous naissons conservateur. Il est dans notre manière naturelle de diriger nos vies vers le connu et l'expérimenté* plutôt que d'aller baguenauder dans les pâturages. Nous n'aimions pas, dans nos premiers âges, devoir changer de caverne. Nous n'aimons pas aujourd'hui bousculer nos petites habitudes. Le lundi, c'est ravioli, les clefs toujours dans la poche droite, le verre d'eau fraîche sur la table de nuit, nous accumulons des actes qui n'ont d'autres sens* que de nous garantir la tendre répétition des événements. Les choses sont en ordre et nous offrent un délicieux sentiment de sécurité.
La vie nous apprend, au contraire, que le changement est souvent le début d'autre chose. La fin d'un cycle qui en commence un autre, l'entame d'un chemin qui nous éloigne de la route. Ta femme* te quitte et tu te souviens comme tu étais alors prêt à te rapetisser, à devenir l'ombre de son ombre, l'ombre de son chien* plutôt que d'accepter son départ.
Quand il nous quitte, l'autre ne fait jamais que choisir, selon son droit personnel, de modifier le cours de sa propre existence. Il n'agit pas directement contre nous, (oublions deux minutes les faits divers et revenons à notre sujet) même si l'idée que nous pourrions vivre sans, ne trouve véritablement aucun sens possible. C'est au delà des mots* eux-mêmes qui sont encore de la matière. Alors que c'est à partir de cette rupture que nous aurons bâti ce qui est à présent notre vie.
Il ne sert à rien de vouloir garder en l'état ce qui doit évoluer. Notre identité*, nos mœurs, nos coutumes, nos costumes, nos menus, nos amours ne sont pas des choses figées. Nos traditions sont le fruit d'une histoire mais que nous le voulions ou non, nous sommes nous-même dans l'Histoire. Il ne sert à rien de préserver à tout prix, l'existant en l'état. Ce serait comme vouloir d'empêcher les arbres de croître*, les branches de se ramifier, tenter d'arrêter à mains nues l'évolution telle qu'elle a cours.
Ce qui n'empêche en rien de profiter de ces période de changements pour tenter d'améliorer les choses…
Illustration : Charles Darwin*
