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jeudi 24 novembre 2011

Le vécu [Merci d'être venu !]




Je n'ai pas trop de mal à répondre à la question tarte de savoir pourquoi je suis de gauche. Je n'ai pas choisi mon camp politique pour avoir entendu mon père maugréer d'un humour méchant contre les fonctionnaires autour de la table familiale ni parce que maman* œuvrait dans une association d'aide aux plus démunis.

Je viens d'une famille un peu bizarre où l'absence de parole avait valeur d'échange. Je l'ai compris plus tard même si concrètement, je me suis barré de là dès que j'en ai eu l'occasion avec sous le bras, mon instinct de survie par la maîtrise des mots. Je me retourne sur cette histoire qui est la mienne et j'y porte la lumière de mon présent, de mon âge*.

Je perçois aujourd'hui ce qui a mené certains de mes pas, emmené certains de mes choix. Je suis repassé tout seul par la case départ, je n'ai pas palpé dix mille euros et j'ai pour l'instant toujours échappé à la prison*. Je n'ai pas touché le gros lot à la naissance et comme je ne suis pas doté de patience, j'ai préféré avancer que de l'attendre.

Je ne m'en serais sans doute pas sorti sans un système social solidement bâti. Si j'ai reçu de l'aide quand j'avais touché les fonds [eh tu l'as vue la vanne ?], c'est de la part de la communauté. Je n'ai vu aucun riche me porter secours*. Je les ai côtoyés avec respect et je leur ai toujours payé mes loyers mais aucun n'a jamais pensé à fournir autre chose.

Je ne dis pas que je suis malheureux de ce que j'ai vécu, que je regrette quoi que ce soit de cette enfance particulière, bien au contraire. Sans cette période un peu étrange*, sans cet enfermement ouaté, sans cette prison de silence aux barreaux de mutisme,  je n'aurais certainement pas la chance d'être celui que je suis désormais devenu.

Je ne vous oblige pas à partager ce sentiment mais je vous assure que, tel que je me vis de l'intérieur, je suis quelqu'un de vraiment intéressant à découvrir*. Sous le vernis de l'apprentissage, sous les apparences de la norme acquise, dans l'au-delà de l'apparence identitaire, derrière le mimétisme familial, je déterre qui je suis.
Et même si on m'a inculqué que la prudence* est mère de tout, malgré les interdits qu'on m'a collés sur le paletot comme autant d'adhésifs publicitaires pour les valeurs familiales, nonobstant la peur et l'effroi installés sur le canapé comme s'ils habitaient chez moi, j'espère toujours retrouver trace du gars d'origine.


PS : donc le cadeau que je souhaite
m'offrir pour le Noël mes dix ans*,
c'est juste la capacité de comprendre
tout ça un peu plus vite. :-)


Illustration*