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samedi 28 mars 2009

Coupée en deux [elle marche !]


«Divan belge», Cook and Book [source]


La Belgique est un pays coupé en deux et qui parle officiellement trois langues. Les flamands qui parlent couramment le flamand et aussi le français mais jamais avec les wallons. Il y a les allemands qui parlent allemand mais sans doute aussi d'autres langues parce que, pour une fois, ils ne sont qu'un détail de l'histoire. Et il y a les wallons qui outre une version de la langue, ont aussi gardé de français, cette manière entêtée de ne réussir jamais à bien parler les langues étrangères.

Du coup, les flamands ont un peu l'impression de ne plus avoir de copains et restent seuls en Flandre à bouder en flamand tandis que les wallons s'affairent en wallonie qui est l'autre moitié de la Belgique. Jusque là, ça va, le problème est relativement simple mais accrochez-vous, je vous explique la suite.

Il y a aussi Bruxelles qui, en plus d'accueillir le Comité Central de la Communauté Européenne, est installée sur des terres tout à fait flamandes tout en parlant généralement le français.

Sauf qu'ici, ils disent septante et nonante qui, s'il l'ont veut bien se poser trois minutes la question, sont bien plus logiques et surtout bien moins laids que notre soixante-dix et notre quatre-vingt dix. On ne trouve pas ici de «cartouches» de cigarettes mais des «fardes» ce qui désigne aussi cette pochette cartonnée, généralement dotée de rabats maintenus par une bande élastique de couleur, dans laquelle on range des feuilles de papier, des cours de néerlandais par exemple…

[Oefening 1 : zijn de woorden die je hoort gelijk = of niet gelijk ≠]
(ça se prononce : oufeninsh één : zeïn deu wôrdeun di yeu Hôrt shheuleïk = of nit' shheuleïk)

Tout cela, malgré toute la difficulté qu'on peut avoir à en comprendre la machinerie, semble ne pas mal fonctionner. Il résulte de cette guerre fratricide bien qu'amicale, un tas de situation qui finalement rend les choses plus justes. Il y a ainsi entre les uns et les autres, une sorte d'émulation très saine. Les belges voient souvent leur pays bien plus délabré qu'il ne l'est en réalité. Il y a même de multiples sujets sur lesquels mon point de vue de français fraichement expatrié penche largement à leur avantage.

Puisqu'ils ne s'entendent qu'à peine entre eux, les belges ont découpé leur pays en zone de pouvoirs régionaux qui, du fait sans doute de la proximité des organes de décision de la population qui subit les conséquences ou récolte les bienfaits, assument pleinement leur charge.

La multiplicité de langues nationales et la présence permanente d'un tas de représentants d'européens parlant en étranger font que l'immigration trouve plus facilement sa place. On ne s'offusque pas ici des tours de Babel, on se côtoie et le temps fait son travail de grand mélangeur du monde. Le médecin de famille s'appelle Ahmed et l'échevin [conseiller municipal] peut tout aussi bien être d'origine turque pourvu qu'il remplisse honnêtement son mandat.

Chacun occupe sa place et essaie de faire avancer sa partie de démocratie. Il y a bien un Roi quelque part dans un de ses palais mais il est incomparablement plus discret que votre Sarkozy. Il ne se permettrait jamais, par exemple, d'intervenir pour faire savoir publiquement qu'il désapprouve tel ou tel humoriste travaillant pour une chaine du service publique. Et s'il s'y essayait, cela serait traité, je pense, à hauteur d'un scandale d'État, une atteinte à une partie fondamentale de l'équilibre national.

Ici, on ne mélange pas les torchons et les serviettes et le souverain est toujours au-dessus de la pile…


Prochainement, je vous explique le système politique belge

mais il faut encore que je comprenne qui est qui…

mercredi 29 octobre 2008

Le parcours [C'est pas si long !]


[source]


Impressions du déménagement :


Passer la nuit, coincé sur l'emplacement du milieu entre les sièges du chauffeur et de la chauffeuse mais dans le froid et les pieds sertis dans le bas du tableau de bord, c'est assez sympa. Il y a moyen de dormir pour qui, comme moi, a la capacité de trouver le sommeil assez facilement. Bien entendu, il ne s'agit que de pioncer en pointillés tandis qu'une partie du cerveau reste tout à fait consciente de la route qui s'étire et des kilomètres qu'on digère.

Les villes défilent qui semblaient pourtant poches sur les cartes routières et les heures s'entassent comme indifférentes à nos efforts pour les franchir.

Il y a parmi le désert sombre de la nuit autoroutière, des oasis de lumière qui vous aveuglent comme les insectes dans les halos trompeurs. Chacun recroquevillé sur son gobelet de boisson bienfaisante à défaut d'être gouteuse, nous mimons bonne figure et bonne humeur tandis que les visages se creusent et s'étirent de fatigue. Les jambes rechignent à se remettre en ordre de marche, renaclent à nous tenir debout, nous marchons un peu voutés des genoux comme des qui trop longtemps se seraient égarés dans le nulle part.

La nuit n'est pas une chose uniforme. Le ciel se meut et la lumière mue constamment, glissant mollement vers le jour suivant dont les premières lueurs s'imiscent vers quatre heures du matin. On gagne en acuité et les nuages reprennent de la blancheur, leurs détails d'épaisseur réapparaissent.

Peu à peu, les cones de lumières retrouvent leur nature de véhicules motorisés et on s'étonne soudain de ne plus être si naufragés que cela. Il en sort de partout et de toutes sortes par les bretelles ou aux gares de péage et qui se pressent à l'assaut du bitume. Cela clignote, cela vrombit, cela avance dare-dare vers son destin lancé à vive allure.

La pluie cingle les valeureux et noie de ses flèches glacées leurs ambitions de capitaines.


Les heures dans leur mollesse emplissent les horloges.

Un camion, trop harassé de son parcours, a choisi de se coucher dans le virage d'accès à l'autoroute. Venu mourir d'épuisement à cet endroit où la route s'ouvre depuis le périphérique parisien vers Metz-Nancy-Lille, nous serons des milliers de véhicules à nous présenter au ralenti face à lui pour un dernier hommage. Magnifique cérémonie de funérailles d'une ampleur telle qu'elle durera deux heures avant que le corps du suicidé soit enlevé.

Je n'ai presque rien vu du trajet entre les deux capitales et ce n'est que sur la rocade bruxelloise que j'ai rouvert les yeux comme au petit matin. Il était quelque chose comme le début de l'après-midi. Il est quasiment impossible de conserver la notion exacte du temps dans ces conditions et, tandis que la vie suit son cours habituel pour l'ensemble des vivants, on se retrouve dans un calendrier parallèle où une journée complète fut absorbée sans qu'on en ait conscience.


Le temps que la police intervienne pour dégager les véhicules stationnés aux emplacements réservés, puis le temps que le monte-charge prévu pour nous éviter les trois étages d'escaliers à angle droit, j'ai enfin pu libérer Pixelle de sa boîte de transport. Sédatée pour le voyage, elle est aussi froissée que nous, le poil désordonné, l'oeil ahuri et la narine aux aguets.

Elle arrive en territoire inconnu, l'appartement étant déjà le logis d'une grosse chatte rousse [mots-clés] auprès de laquelle il est nécessaire de se faire accepter. Après quelques croquettes pour se retaper, les félins se rencontrent. Elles s'observent, grognent, feulent, soufflent, se hérissent de surprise coléreuse. Elles s'évitent soigneusement et gardent leurs distances.

A force de caresses à l'une et l'autre, Pastis et Pixelle s'amadouent. Il faut de la patience et du doigté pour que les chattes acceptent l'intromission de l'inconnue dans leur espace intime. Après quelques heures, elles commencent à se tolérer mais restent distantes, démontrant de la manière la plus sonore leur durable refus d'une plus grande proximité.

J'ai commencé à défaire les cartons et à remonter l'ordinateur encore épars (j'écris cet article sur le PC portable de Mag). Je suis allé prendre rendez-vous à la Maison Communale [mairie locale] afin de signaler mon statut d'étranger en ces terres et j'y ai reçu, en retour, un "Bienvenu chez nous" aimable et souriant. Ici, les fonctionnaires ont des noms, des prénoms et des e-mails qu'on peut contacter !

Encore quelques jours, quelques semaines pour trouver ma place et mon rythme. Juste le temps de me mettre en route...