Affichage des articles dont le libellé est Bruxelles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bruxelles. Afficher tous les articles

lundi 13 juillet 2015

François Hollande [tous ensemble, tous ensemble]



Tu sais que je ne suis pas fan de François Hollande. Disons qu'il est, dès le départ et à mes yeux, le plus mauvais choix que pouvait faire la gauche pour s'installer aux manettes du pays. Ce point de vue a été conforté après sa première rencontre avec madame Merkel. Au lieu de rester sur le mouvement de sa campagne, sur l'énergie de son élection, au lieu de retourner la table, option qui avait ma préférence, il a traité ça tout en rondeur. Comme si Angela avait une passion pour la délicatesse.

Ça m'a un petit peu énervé.

Mais là, je suis obligé de reconnaitre qu'il a bien manœuvré pour éviter  la sortie de la Grèce de la zone euro. Au milieu de tous les pays qui étaient plus ou moins d'accord pour l'envoyer se faire voir, sur la carte, il demeurait la France, ultime camp retranché des irréductibles. S'il n'a pas dû passer un week end facile, il a donné à entendre une musique différente en Europe, non pas celle des experts comptables mais celle des humanistes : la Grèce est le berceau de notre Histoire européenne, elle ne PEUT pas en sortir.

Ça m'a un petit peu fait plaisir.

Evidemment le lendemain est comme un lendemain de cuite. Quand je sors du symptôme de Stockholm, pour découvrir ce qui a vraiment été signé. Si la volonté du peuple grecque était de rester parmi nous, ils vont maintenant découvrir le prix de l'abonnement. Ce plan est une véritable saignée économique et une prise du pouvoir des instances européennes sur un pays démocratique qu'ils ont mené à l'abattoir. L'animal a lutté toute une nuit avant d'en accepter l'augure.

Ça m'a un petit peu dégouté.

Quel est ce président de gauche qui livre ainsi un pays ami dont il a lui-même lié les mains, à son ennemi la finance ? Que se passe-t-il dans la tête d'un homme du Parti Socialiste — coucou Jaurès, coucou Mitterrand, coucou Jospin — au moment où il obtient la reddition d'une démocratie contre les banquiers rapaces ? Qu'est ce qu'on ressent à donner raison à l'orthodoxie comptable de la droite conservatrice européenne contre la volonté d'un peuple portée par Alexis Tsipras ?

Ça m'a un petit peu révolté.

Mais quand tu suis l'actualité, il est bon de ne pas rester les yeux collés sur l'écran. C'est aussi mauvais pour la vue que pour la compréhension. Il faut savoir relever la tête, reprendre un peu de hauteur pour trouver des perspectives. J'essaie de faire cet exercice afin de comprendre la stratégie de François Hollande et j'arrive à cette hypothèse :

Maintenant qu'il a réussi à conserver la Grèce dans la zone euro [du moins si l'accord passe le vote des parlements nationaux] et que celle-ci va récupérer des moyens financiers, il va pouvoir pousser l'Europe à desserrer le verrou de l'austérité. Ces cinq dernières années, la Grèce a été le laboratoire d'une politique économique qui a mené le pays à sa ruine. Si les créanciers veulent récupérer leurs billes et s'ils ne sont pas idiots, ils ne vont tout de même pas recommencer les mêmes erreurs. Ils doivent changer de méthode.

Il faut, dans le sud de l'Europe comme ailleurs, retrouver de la croissance et François Hollande peut à présent défendre l'idée de relâcher la pression des traités. Si l'Europe est sauvée par ce compromis, après ces négociations au bord de l'abîme, elle est à l'état de ruines. Reprendre le chemin de la croissance, tous ensemble serait le meilleur moyen de faire renaître le projet européen. Le locataire de l'Elysée a de nouveau une chance d'être un grand président de la République en portant cet étendard. Il a maintenant l'occasion d'utiliser la Grèce comme le cheval de Troie d'un changement de la stratégie européenne.




Nota benêt : en même temps, un pays qui aime autant
les ruines, il y avait de quoi se méfier. 


mardi 3 juin 2014

Le MR et ses drôles de machines




Cette campagne électorale a été l'occasion pour le Mouvement Réformateur de se présenter à Bruxelles au volant de la Twizy de Renault. Comme je m'intéresse à la fois à l'arrivée de la voiture électrique dans nos villes et à la communication, j'ai interrogé le MR quant à ce choix. Voici ses réponses.

➤ Durant cette campagne, on a pu voir, dans les rues de Bruxelles, certains candidats du MR au volant de la Twizy, le petit véhicule électrique de Renault. Etait-ce une décision du parti ou l’initiative de ces quelques candidats ? 
C’est une initiative de Didier Reynders, tête de liste MR pour la liste bruxelloise à la Chambre. Après de nombreuses recherches, nous avons pu trouver 11 véhicules. Il souhaitait apporter des changements dans la démarche de communication de sa liste. Vouloir changer Bruxelles et l’imposer comme une des principales métropoles nécessite aussi un changement d’attitude.
Un des plus gros problèmes à Bruxelles est la mobilité. Utiliser des voitures écologiques, respectueuses de l’environnement et donnant une image moderne et futuriste lui paraissait évident. Pas de pollution, petit véhicule facile à garer, aux allures sympathiques, la micro-machine s’imposait !

➤ Comment s’est fait ce choix de la voiture électrique ? Etait-ce un message politique réfléchi en faveur du véhicule électrique ou simplement pour le look «fun» qu’affiche cette «voiture» ?
Les deux facteurs sont rentrés en ligne de compte.
Le caractère écologique a sans nul doute pesé dans le choix du véhicule, mais également son caractère pratique et original, afin de maximiser la visibilité des candidats concernés.

➤ Avez-vous constaté des réactions particulières sur le terrain ? Si oui, lesquelles ?
Ces micro-machines ne courent pas les rues, ce sont donc des véhicules qui attirent l’attention, dès le premier coup d’œil. Les adultes se retournent, les enfants s’exclament, les autres conducteurs la remarquent, surtout aux abords des feux de signalisation.
La Twizy a permis de couvrir très rapidement un très large périmètre, assurant une excellente visibilité.

➤ Quel bilan pouvez-vous tirer du choix de l’électrique dans cette campagne ? Est-ce que cela a créé des problèmes particuliers ?
Excellent bilan, ce véhicule est idéal dans une capitale telle que Bruxelles. En plus d’être écologique, il permet des déplacements rapides et de par sa petite taille, les stationnements sont facilités.
Quelques pannes de batterie furent constatées mais très vite résolues.

➤ Est-ce qu’au contraire vous y avez découvert des points positifs ?
L’impact écologique du véhicule et la facilité de son rechargement, son originalité, son impact visuel et communicationnel.

➤ Sur le plan économique, diriez-vous que le choix de la Twizy a été un bon choix ? Cela a-t-il représenté, comparativement à d’autres types de véhicules, une économie ou bien un coût supplémentaire durant cette campagne ?
Nous avons pu bénéficier d’un forfait locatif mensuel presque identique à la location d’un vélo électrique durant la même période ! 

➤ Maintenant que le scrutin est passé, que deviennent en général les véhicules utilisés dans la campagne électorale par le MR ? Et en particulier, les Twizy ?
Les voitures électriques ont été louées pour une période d’un mois.
Après la campagne, elles ont tout simplement été «dé-lettrées» avant de retrouver leurs propriétaires.
Les autres véhicules traditionnels sont en général propriété des candidats ou de leurs proches. Ils retrouvent eux aussi leur véhicule après le scrutin.

Interview réalisée par mail le lundi 2 juin 2014, photo fournie par le MR que je remercie d'avoir joué le jeu.


————————————————————————
Nota Benêt : si tu as une Twizy à me vendre pour pas cher,
fais moi signe, je n'en peux plus de la #Stib !
 

 

jeudi 23 juin 2011

Le bordel belge [la valeur nationale…]



Sur Twitter, je me suis un peu moqué de Jean-Baptiste Giraud le rédacteur en chef d'Atlantico et me voilà puni, pour la peine, à écrire sur ce site [cf note de l'auteur en fin d'article]. J'oublie toujours qu'on ne rigole pas dans un journal de droite. Enfin si, mais pas des mêmes sujets*.

Je souligne à toutes fins utiles qu'il l'avait quand même bien cherché aussi avec son article* sur la situation politique belge que même un élève de terminale aurait su améliorer par quelques recherches Google entre deux partie sur la PlayStation*. Comme quoi la console de jeu, ça enseigne l'efficacité.

Il y a en Belgique, une poignée de nationalistes qui, depuis les débuts de la création, c'est à dire en 1830, considère que l'existence de cette nation enlève à la Flandre toutes ses possibilités de grandeur*.

Ils fantasment leur confetti* territorial, leur petit trou du cul* du monde comme un empire que les francophones n'auraient eu de cesse d'étouffer. On verra ce qu'on verra quand la Flandre volera de ses propres ailes de géant.

Il y a en Belgique, une poignée de parvenus qui s'appuient sur ce sentiment nationaliste pour diviser le pays. Maintenant que la Région flamande est sortie du marasme économique grâce aux effort de tous, maintenant qu'il s'agit d'aider la Wallonie qui à son tour aurait bien besoin de solidarité, se fait jour un tel antagonisme, un tel dégoût de son voisin que plus rien ne pourrait se faire ensemble.

La Wallonie coûte beaucoup trop cher à cause des Wallons qui sont fainéants parce que dirigés par un PS qui pense comme au XIXème siècle. C'est en résumé les arguments utilisés par l’extrême droite nationaliste flamande*.

Il est de notoriété publique que Bart de Wever, le leader nationaliste qui semble fasciner au Nord du pays, consulte et suit les avis du VOKA*, le syndicat patronnal patronal* flamand. Ils sont d'accord sur un point essentiel : l'enrichissement des vrais flamands est l'objectif à poursuivre et c'est un argument capable de séduire un très grand nombre d'électeurs*.

Pour le reste de l'histoire, vous passez au tamis d'un système électoral tellement proportionnel* qu'à peine rangées les urnes, chaque parti choisit la part qui lui convient, vous ajoutez un Roi que, suivant les époques, chaque camp déteste à son tour, qui a soit trop de poids, soit trop peu de pouvoir, c'est selon, et vous obtenez le bordel actuel.

Mais me direz-vous pourquoi ne se séparent-ils pas tout simplement ? Ils se mettent autour d'une table, ils négocient la garde des enfants* et le montant de la pension alimentaire et ils restent bons voisins*.

C'est qu'il n'y a pas que le Nord et le Sud, il y a aussi le Centre. Non pas François Bayrou, imbécile, je parle de Bruxelles*. Pour ne pas avoir l'air idiot en société, je vais vous donner un truc : ne dites plus brukselles, ça se prononce Brussel puisque c'est un nom flamand.

Une ville flamande en territoire flamand et habitée très majoritairement par des francophones*. Et comme dans toutes les zones urbaines, quand le centre devient trop cher, les gens déménagent pour habiter la périphérie* et emmènent avec eux leur culture.

Ça pourrait être la capitale du monde tant s'y côtoient des langues différentes entre l'Otan et l'Europe mais les flamingants* ne sont pas partageurs : en Flandre, on ne parle que flamand*. Même si la commune est habitée par plus de 80% de francophones, le droit du sol fait que tu ne peux t'exprimer qu'en flamand.

Ne voter que pour des listes en flamand, pour des élus ne parlant que flamand, ne penser que flamand, des policiers qui t'arrêtent en flamand, des juges qui te condamnent en flamand, des commerçant qui ne commercent qu'en flamand. C'est tellement excessif que ça donne juste envie de se cacher pour parler français. Cela dit, de mon côté, je fais des efforts : j'arrive déjà à compléter les sudokus en flamand.

Vous avez maintenant à peu près toutes les cartes pour comprendre la situation en Belgique. Les mêmes en quelque sorte que les deux partis vainqueurs des élections du 13 juin 2010 et qui se retrouvent à neuf à table pour constater qu'il n'y a pas de solution.

S'il vous vient une idée*


Photo : 35000 personnes dans la rue le 23 janvier 2011 à la manifestation Shame pour la Belgique. © MonsieurPoireau

—————————

Note de l'auteur* : comme il en était convenu, j'ai donc proposé cet article à Jean-Baptiste Giraud pour publication sur Atlantico. Sa réponse par mail fut très claire : «merci camarade ! j'ai lu les 2/3 tiers c'est pas inintéressant simplement je pense que (…) 99,999% des gens savent pas de quoi tu parles... et ca tue le papier ensuite... tu crois pas ?».
En clair, la Belgique politique, ça n'intéresse pas les français.
Alors, c'était pas intéressant ?

Merci à @rue89 quand même.

mercredi 23 mars 2011

Black tram [avec du rose…]







S'est assise à côté de moi. Une black pas totalement africaine, du Brésil* dans le moelleux des lèvres. J'étais nase et je subissais mollement le tramway. Les pensées libres, sans prendre garde aux autres autour, une sorte de flottement nonchalant de fatigue.

Il faisait doux au dehors depuis quelques jours. Les femmes ressortaient leurs robes comme les arbres leur parure au printemps*. Il flottait dans l'air, outre ses tissus légers, une mélodie de douceur et le vent taquin nous l'amenait à l'oreille.

Elle s'est assise à côté de moi. Je crois que j'ai regardé ses fesses. J'écris "je crois" car je le fais parfois sans même m'en rendre compte. C'est un peu comme quand on conduit, on ne pense plus vraiment à donner l'ordre au pied gauche* d'enfoncer la pédale. Cela se fait, cela a lieu, voilà tout.

J'ai du le faire sans m'en apercevoir, je me souviens juste l'avoir trouvé très regardable mais elle s'est assise trop vite pour que j'en sache plus. Elle sentait bon. Elle sentait terriblement bon*. Une bonne odeur de savon, quelque chose de fraîchement propre, comme une femme qui sort de la douche.

Elle avait le mp3 sur les oreilles. J'adorais la forme de sa bouche, pulpeuse, gourmande, mangée du sourire de son état intérieur. La forme des yeux aussi. La paupière comme incarnation du velours*. A un moment, elle se tourne vers moi et m'offre toute la gourmandise d'un sourire…



L'image est issue d'ici

lundi 24 janvier 2011

Et Bruxelles bruxellait…


La Belgique se meurt
Et selon la rumeur*
C'est avec Di Rupo
Que Bart de Wever
Compte avoir sa peau

[petite strophe écrite pour l'équipe LeSoir.be]



www.flickr.com

Le_M_Poireau élémentsAller à la galerie de Le_M_Poireau

samedi 28 mars 2009

Coupée en deux [elle marche !]


«Divan belge», Cook and Book [source]


La Belgique est un pays coupé en deux et qui parle officiellement trois langues. Les flamands qui parlent couramment le flamand et aussi le français mais jamais avec les wallons. Il y a les allemands qui parlent allemand mais sans doute aussi d'autres langues parce que, pour une fois, ils ne sont qu'un détail de l'histoire. Et il y a les wallons qui outre une version de la langue, ont aussi gardé de français, cette manière entêtée de ne réussir jamais à bien parler les langues étrangères.

Du coup, les flamands ont un peu l'impression de ne plus avoir de copains et restent seuls en Flandre à bouder en flamand tandis que les wallons s'affairent en wallonie qui est l'autre moitié de la Belgique. Jusque là, ça va, le problème est relativement simple mais accrochez-vous, je vous explique la suite.

Il y a aussi Bruxelles qui, en plus d'accueillir le Comité Central de la Communauté Européenne, est installée sur des terres tout à fait flamandes tout en parlant généralement le français.

Sauf qu'ici, ils disent septante et nonante qui, s'il l'ont veut bien se poser trois minutes la question, sont bien plus logiques et surtout bien moins laids que notre soixante-dix et notre quatre-vingt dix. On ne trouve pas ici de «cartouches» de cigarettes mais des «fardes» ce qui désigne aussi cette pochette cartonnée, généralement dotée de rabats maintenus par une bande élastique de couleur, dans laquelle on range des feuilles de papier, des cours de néerlandais par exemple…

[Oefening 1 : zijn de woorden die je hoort gelijk = of niet gelijk ≠]
(ça se prononce : oufeninsh één : zeïn deu wôrdeun di yeu Hôrt shheuleïk = of nit' shheuleïk)

Tout cela, malgré toute la difficulté qu'on peut avoir à en comprendre la machinerie, semble ne pas mal fonctionner. Il résulte de cette guerre fratricide bien qu'amicale, un tas de situation qui finalement rend les choses plus justes. Il y a ainsi entre les uns et les autres, une sorte d'émulation très saine. Les belges voient souvent leur pays bien plus délabré qu'il ne l'est en réalité. Il y a même de multiples sujets sur lesquels mon point de vue de français fraichement expatrié penche largement à leur avantage.

Puisqu'ils ne s'entendent qu'à peine entre eux, les belges ont découpé leur pays en zone de pouvoirs régionaux qui, du fait sans doute de la proximité des organes de décision de la population qui subit les conséquences ou récolte les bienfaits, assument pleinement leur charge.

La multiplicité de langues nationales et la présence permanente d'un tas de représentants d'européens parlant en étranger font que l'immigration trouve plus facilement sa place. On ne s'offusque pas ici des tours de Babel, on se côtoie et le temps fait son travail de grand mélangeur du monde. Le médecin de famille s'appelle Ahmed et l'échevin [conseiller municipal] peut tout aussi bien être d'origine turque pourvu qu'il remplisse honnêtement son mandat.

Chacun occupe sa place et essaie de faire avancer sa partie de démocratie. Il y a bien un Roi quelque part dans un de ses palais mais il est incomparablement plus discret que votre Sarkozy. Il ne se permettrait jamais, par exemple, d'intervenir pour faire savoir publiquement qu'il désapprouve tel ou tel humoriste travaillant pour une chaine du service publique. Et s'il s'y essayait, cela serait traité, je pense, à hauteur d'un scandale d'État, une atteinte à une partie fondamentale de l'équilibre national.

Ici, on ne mélange pas les torchons et les serviettes et le souverain est toujours au-dessus de la pile…


Prochainement, je vous explique le système politique belge

mais il faut encore que je comprenne qui est qui…

mardi 11 novembre 2008

Noms de rues [A coucher dehors !]

Dans mon quartier, je note que la rue des Plaisirs est parfaitement parallèle à la rue de la Béatitude.
En clair, elles ne se rencontrent jamais.
Par contre, elles débouchent toutes deux et à quelques mètres de distance, dans l'avenue de l'Optimisme.
C'est chouette, Bruxelles, non ?

mercredi 29 octobre 2008

Le parcours [C'est pas si long !]


[source]


Impressions du déménagement :


Passer la nuit, coincé sur l'emplacement du milieu entre les sièges du chauffeur et de la chauffeuse mais dans le froid et les pieds sertis dans le bas du tableau de bord, c'est assez sympa. Il y a moyen de dormir pour qui, comme moi, a la capacité de trouver le sommeil assez facilement. Bien entendu, il ne s'agit que de pioncer en pointillés tandis qu'une partie du cerveau reste tout à fait consciente de la route qui s'étire et des kilomètres qu'on digère.

Les villes défilent qui semblaient pourtant poches sur les cartes routières et les heures s'entassent comme indifférentes à nos efforts pour les franchir.

Il y a parmi le désert sombre de la nuit autoroutière, des oasis de lumière qui vous aveuglent comme les insectes dans les halos trompeurs. Chacun recroquevillé sur son gobelet de boisson bienfaisante à défaut d'être gouteuse, nous mimons bonne figure et bonne humeur tandis que les visages se creusent et s'étirent de fatigue. Les jambes rechignent à se remettre en ordre de marche, renaclent à nous tenir debout, nous marchons un peu voutés des genoux comme des qui trop longtemps se seraient égarés dans le nulle part.

La nuit n'est pas une chose uniforme. Le ciel se meut et la lumière mue constamment, glissant mollement vers le jour suivant dont les premières lueurs s'imiscent vers quatre heures du matin. On gagne en acuité et les nuages reprennent de la blancheur, leurs détails d'épaisseur réapparaissent.

Peu à peu, les cones de lumières retrouvent leur nature de véhicules motorisés et on s'étonne soudain de ne plus être si naufragés que cela. Il en sort de partout et de toutes sortes par les bretelles ou aux gares de péage et qui se pressent à l'assaut du bitume. Cela clignote, cela vrombit, cela avance dare-dare vers son destin lancé à vive allure.

La pluie cingle les valeureux et noie de ses flèches glacées leurs ambitions de capitaines.


Les heures dans leur mollesse emplissent les horloges.

Un camion, trop harassé de son parcours, a choisi de se coucher dans le virage d'accès à l'autoroute. Venu mourir d'épuisement à cet endroit où la route s'ouvre depuis le périphérique parisien vers Metz-Nancy-Lille, nous serons des milliers de véhicules à nous présenter au ralenti face à lui pour un dernier hommage. Magnifique cérémonie de funérailles d'une ampleur telle qu'elle durera deux heures avant que le corps du suicidé soit enlevé.

Je n'ai presque rien vu du trajet entre les deux capitales et ce n'est que sur la rocade bruxelloise que j'ai rouvert les yeux comme au petit matin. Il était quelque chose comme le début de l'après-midi. Il est quasiment impossible de conserver la notion exacte du temps dans ces conditions et, tandis que la vie suit son cours habituel pour l'ensemble des vivants, on se retrouve dans un calendrier parallèle où une journée complète fut absorbée sans qu'on en ait conscience.


Le temps que la police intervienne pour dégager les véhicules stationnés aux emplacements réservés, puis le temps que le monte-charge prévu pour nous éviter les trois étages d'escaliers à angle droit, j'ai enfin pu libérer Pixelle de sa boîte de transport. Sédatée pour le voyage, elle est aussi froissée que nous, le poil désordonné, l'oeil ahuri et la narine aux aguets.

Elle arrive en territoire inconnu, l'appartement étant déjà le logis d'une grosse chatte rousse [mots-clés] auprès de laquelle il est nécessaire de se faire accepter. Après quelques croquettes pour se retaper, les félins se rencontrent. Elles s'observent, grognent, feulent, soufflent, se hérissent de surprise coléreuse. Elles s'évitent soigneusement et gardent leurs distances.

A force de caresses à l'une et l'autre, Pastis et Pixelle s'amadouent. Il faut de la patience et du doigté pour que les chattes acceptent l'intromission de l'inconnue dans leur espace intime. Après quelques heures, elles commencent à se tolérer mais restent distantes, démontrant de la manière la plus sonore leur durable refus d'une plus grande proximité.

J'ai commencé à défaire les cartons et à remonter l'ordinateur encore épars (j'écris cet article sur le PC portable de Mag). Je suis allé prendre rendez-vous à la Maison Communale [mairie locale] afin de signaler mon statut d'étranger en ces terres et j'y ai reçu, en retour, un "Bienvenu chez nous" aimable et souriant. Ici, les fonctionnaires ont des noms, des prénoms et des e-mails qu'on peut contacter !

Encore quelques jours, quelques semaines pour trouver ma place et mon rythme. Juste le temps de me mettre en route...

vendredi 24 octobre 2008

La pause [carton !]


[source]

Le problème c'est que quand j'évalue le travail, je me dis qu'il ne reste pas grand chose à faire. Alors que dans la réalité, je remplis carton après carton avec le sentiment de ne plus avancer.
Si ça trouve quelqu'un me ramène des affaires qui ne sont pas à moi, juste pour me permettre de garder la cadence

Enfin, il faudra bien que je parvienne à terminer, demain après-midi, il y a le camion qui débarque. Les places de stationnement sont déjà réservées.

Aparté : tu appelles le service de la Mairie chargé de ce genre de chose et dès le départ la dame que tu as au bout du fil se marre. C'est un truc qu'ils doivent apprendre dans les stages commandos réservés aux personnes travaillant au contact de la population : Comme elle sait que ce qu'elle va annoncer va te faire hurler, elle commence par déminer le terrain. Le bureau ne reçoit de demande que par fax. Pour mémoire, il s'agit d'un service public, un machin pour les gens comme vous et moi, vous avez un fax, vous ?
Je pense bien un instant réussir à subrepticement utiliser le fax du lycée catholique et privé où j'étais employé rémunéré mais l'employée m'apprend qu'il me faut attendre deux fax en retour. Le deuxième étant l'arrêté d'autorisation de la police.
Ainsi équipé, à toi de te débrouiller pour trouver les panneaux adéquats auprès de l'une ou l'autre des entreprises dont on te faxe la liste. Laquelle te facture 70 euros de venir déposer aux emplacements demandés la dite signalisation qui doit être constatée présente sur le lieu 48 heures à l'avance, par écrit de la Force Publique [aussi identifiée sous le nom de Police Nationale].
J'ai bien tenté de négocier le truc du côté moderne de la force en posant la question : mais vous avez des e-mails ? Réponse de l'intraitable : ah oui, mais ils ne servent pas à ça ? Le premier qui trouve à quoi servent leurs adresses électroniques sinon qu'à communiquer avec le public, je lui sifle la Marseillaise jusqu'au dernier couplet et sans les mains !

Donc, j'y retourne en espérant terminer ce soir. Départ pour Bruxelles prévu dimanche à 22 heures, arrivée estimée entre 14 et 16 heures le lundi. D'ici là, peu de nouvelles sur le blog, vous imaginez bien…

C'est con, au plus je fais de cartons,
au moins j'ai de place pour les stocker…


mercredi 16 juillet 2008

Les procédures [un titre qui transporte !]


L'aéroport de Bruxelles, ce lundi 14 juillet 2008



Si vous me dites que les gens, dès qu'ils se transforment en touristes, perdent toute forme d'intelligence, je veux bien vous croire. Il faut néanmoins reconnaître que sont parfois les conditions du voyage qui leur donnent l'occasion de devenir chèvre.

Par exemple, tu leur fais prendre un Toulouse-Bruxelles avec une escale à Paris lors de laquelle l'Airbus A320 se transformera comme par magie en TGV. Une fois sur place, tu les lâches dans l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, un jour de grand départ en vacances [que même Bison Futé vit noir] afin qu'ils retrouvent par eux-mêmes leur chemin.

Bien entendu, tu auras auparavant lestés tes cobayes de la totalité de leurs bagages pour corser l'exercice et être bien certain que seuls les plus forts survivront.

Quel plaisir de les voir alors déambuler et s'égarer, le ticket à la main à la recherche de leur destination. Ils ont l'air hagards en ce lieu où tout se ressemble de verre et de métal et jusqu'aux escaliers mécaniques construits identiquement à chaque étage.

Il faut reconnaître que la tâche est ardue et la mission difficile : il s'agit d'échanger le billet d'avion contre un ticket de train et, pour ce faire, de retrouver, parmi les centaines de milliers de mètres carrés du lieu, la guitoune, d'une surface inférieure à un mètre, réservée à cet usage.

J'avoue que l'idée même de leur imposer ce changement de titre de transport est assez géniale. Ils ont bien un document qui mentionne le numéro de siège et de voiture qu'ils occuperont s'ils trouvent un jour le chemin de fer mais tu les obliges quand même à se présenter en un lieu précis pour la régularisation. Mais là où cela touche carrèment au grandiose, c'est quand ils s'apercevront que le mini guichet qu'ils viennent de dénicher coincé entre une porte et un ascenceur [donc totalement masqué par la marée humaine de ce jour de transhumance] restera fermé jusqu'à une demie heure avant le départ annoncé.

Quel plaisir de les voir alors s'aligner et se garer, le ticket à la main et les yeux dans le vide.

Certains s'assoient à même le sol et provoquent aussitôt quelques bouchons parmi les voyageurs à la recherche de tout autre chose. D'autres tournent en rond, font les cent pas, se balancent d'un pied sur l'autre, téléphonent à voix haute, s'embrassent quand ils sont couple, bref s'occupent à inventer la patience, jusqu'à ce qu'enfin arrive l'équipe chargée des opérations de transfert.

Sa mission est double : Offrir contre leur billet avec toutes les mentions, un autre présentant exactement les mêmes informations. Ce qui n'est même pas une histoire d'arrangement entre la compagnie aérienne nationale et la SNCF puisque c'est bien le personnel Air France qui les accompagne aussi sur rails. Ce qu'ils découvrent quand les stewards et les hotesses s'empressent de reprendre tous les bagages qu'ils ont jusqu'ici trainés pour les entasser à la suite sur un chariot de fret qui aura son propre wagon.

C'est vraiment mettre en place des procédures pour l'amour des procédures, non ? Il serait peut-être plus simple de ne pas changer de ticket et de flécher clairement le parcours jusqu'aux quais tout en s'occupant directement du transfert des bagages. Cela permettrait pour le moins de leur éviter un peu de stress inutile.

Et temps que j'y suis à vous causer de procédures inutiles, au retour, j'ai eu la joie, que dis-je l'honneur, de faire halte à l'aéroport de Clermont-Ferrand. Ne riez pas, c'est une grande ville et il n'y a pas de raison qu'elle échappe au bruit des réacteurs de l'aviation civile.

D'ailleurs, ils doivent en être assez fiers de leur terminal aérien parce qu'ils te le font visiter.

Ainsi, dès que ton avion atterrit, tu descends à pied sur le tarmac pour monter dans un bus qui t'emmène aussitôt à l'autre bout du bâtiment afin de te présenter à la douane. C'est assez étrange parce que tu as décollé de Bruxelles et que tu n'as pas mis un seul orteil hors de l'espace Schengen mais passons car c'est après que c'est cocasse.

Une fois que l'agent a rempli son office en vérifiant la validité de ton passeport et constaté à plusieurs reprises que tu es bien la même personne en photo qu'en vrai [s'il venait à l'idée d'Al Qaïda d'envahir le Massif Central, les voilà prévenus], tu t'engages dans un très long couloir. Lequel débouche dans un second, qui s'enchaîne avec un troisième, qui se continue d'un quatrième et tous recouverts de la même moquette grise mais impeccablement neuve et te conduisent jusqu'à la porte d'embarquement. C'est à dire pour rejoindre et monter dans l'avion garé juste à côté de celui qui t'a amené là !

Si vous me dites que les gens, dès qu'ils se transforment en touristes, perdent toute forme d'intelligence, je veux bien vous croire. Il faut toutefois reconnaître que sont aussi les conditions du voyage qui leur donnent l'occasion de devenir chèvre…

[Nota : le passage de l'avion au TGV n'est pas mal du tout puisque tu te retrouves en première classe et qu'on t'amène, comme à bord de l'aéroplane, de quoi boire et grignoter. C'est plaisant…].