Je vais te dire. Tu peux bien penser que la vie est une salope. Tu peux bien ouvrir grand la fenêtre qui donne sur la rue et hurler qu'elle est une chienne. A part ce minuscule instant durant lequel, à plein poumons, tu sentiras ton sang battre en son réseau*, cela ne sert à rien.
Tu peux bien réfléchir au sens à donner à tes dernières aventures*. Chercher à comprendre le pourquoi et le comment de cette collection de gamelles et de râteaux. Vouloir sonder ce vide immense dont le froid t'enserre en morsure. Disserter sur le poids exact de l'échec. Ce n'est d'aucune utilité.
Ta vie n'est pas une femme qui te quitte, te tourne le dos et s'éloigne en t'offrant, une dernière fois, son déhanché de reine. N'est pas un mec* que tu souhaites blesser à mort de tes flèches de langage. Tout un carquois. N'est pas une compagne assise à tes côté à tricoter de la patience.
Te prendre une porte dans la gueule. Recevoir les crachats pour être revenu au niveau des trottoirs. Recompter l'un après l'autre les fragments éparpillés de ton cœur. Colmater l'épanchement* des larmes qui en résulte. Trembler devant l'œil jaune de ta peur sortie de son enclos. T'éteindre sous le manteau de glace de la chair frigidifiée. Voila ce qu'est ta vie.
Je vais te dire. Tu peux bien penser ce que tu veux d'elle. Te lamenter. Te plaindre. Crier au scandale. Constater la trahison. T'interroger, est-ce ainsi que les hommes vivent et leurs baisers au loin les suivent. Déplorer le manque de choix. Regretter l'absence de menu et constater l'excès de ce qu'on trinque*. Tu n'auras pas d'autres vies que la tienne…
Alors, vis !
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Image : Christine Aerfeldt, Avalanche knitter (2008). Source*