Tu laisses un homme et une femme* ensemble pendant un bout de temps, il y a forcément un moment où ça converge. C'est un peu primaire comme logique mais c'est ce à quoi nous avons assisté dans ce débat. Deux membres d'un même parti défendaient les mêmes idées, le même programme. Martine annonçait, François approuvait. Hollande s'engageait, Aubry confirmait, …
C'est encore une fois dans les détails que se forge mon opinion*. Par exemple, sur le fait qu'elle soit maire de Lille, une grande communauté urbaine et lui simplement maire de Tulle et responsable du département de la Corrèze, zone assez pauvre en problèmes d'urbanismes. Je me laisse penser qu'elle est plus au fait de la situation actuelle.
Durant son temps de parole, si elle a cité ce soir : Molex, Peugeot, Renault, Moulinex et Pechiney. Ce n'était pas pour leur faire de la pub, c'était pour souligner cette prise directe avec notre monde quotidien*. François Hollande de son côté restait dans les concepts, les généralités.
Il a reparlé de La Grande Idée qu'il a : «le contrat de génération». Je n'y crois pas une seule seconde. Au mieux, ça va permettre à un employeur de faire pression sur des retraités de 67 ans* pour qu'ils restent à leur poste, le temps qu'il ait fini d'empocher les aides sur le contrat du gamin. Et puis, si le vieux finit par craquer et ne plus pouvoir travailler, on fait quoi ? On jette le morveux avec l'eau du bain ?
L'avenir de l'emploi est dans les nouvelles technologies*, les énergies vertes suite à l'arrêt progressif du nucléaire et ses nouveaux pôles de croissance et François Hollande entend lancer la gratuité des charges sociales sur le maintien des petits métiers d'antan. Le tutorat d'un gamin par un aîné sur sa fonction* appelées à disparaitre du fait de l'évolution technique. A part servir la mémoire des siècles, je ne vois pas ce que ça nous apporte. Au mieux on aura des tweets et des photos sympas de quelques anciens maréchaux-ferrants encore au travail.
Martine Aubry a eu beau lui rappeler que cela avait déjà été essayé mais que ça ne marche pas. A eu beau de lui souligner que les syndicats n'en voulaient pas, François Hollande l'a répété : il le fera. En clair*, contre les entreprises et contre les syndicats, il sera Président et il le fera.
François Hollande va décider, de sa seule volonté désormais présidentielle, de lancer toute une procédure de textes au Parlement, va mobiliser nos Députés et l'ensemble de nos institutions, va batailler sur le plan politique avec son opposition pour créer de toute pièce, tout un arsenal législatif et de décrets d'application dont les deux côtés paritaires décisionnaires et experts du monde du travail ont annoncé qu'il n'était d'aucune utilité ?
Ici comme ailleurs, François Hollande* m'a donné l'impression de parler d'un idéal, d'une théorie à venir. En face, Martine Aubry paraissait déjà branchée sur la réalité. Sur le plateau, elle avait apporté tout un dossier, posé près d'elle quand il n'avait face à lui qu'un ou deux feuillets. Elle prenait régulièrement des notes tandis qu'il n'avait aucun stylo visible.
Tiens par exemple, quand il a été question du nécessaire changement du fonctionnement* européen dont ils sont tous les deux d'accord, il s'est contenté d'évoquer les grandes lignes d'un projet quand elle a cité plusieurs responsables des PS d'autres pays qu'elle a déjà rencontrés, avec qui elle a déjà avancé des idées de réforme.
Tout cela n'est que mon avis bien sûr. C'est entièrement basé sur ma subjectivité puisque vous êtes ici sur mon blog. Mais sincèrement*, je crains avec François Hollande le retour d'un Chirac aux manettes regardant passer les jours. Je ne le sens pas dans l'action, dans le concret, dans les dossiers.
Je trouve au contraire Martine Aubry mieux à même de comprendre les problèmes dont nous souffrons aujourd'hui. Plus motivée* pour tenter d'en modifier le cours. Pour chacune de ses réponses, j'ai entendu et perçu tout ce qu'elle a retiré de son expérience d'élue que ce soit sa manière de décider ou de choisir une manière qui permettra de le faire. Tiens, je vais faire comme vous à la fin de ce débat, je décide de voter pour elle.
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Légende de l'illustration : depuis que Kevin a commencé son contrat de génération, Pierre peut arriver plus tôt et plus riche au bistrot* (source)